Au milieu des fumées et des gravats, c'est le carnage dans le centre de Kramatorsk, capitale du Donbass sous contrôle ukrainien. Mardi, peu après 17 heures locales, une première bombe guidée (KAB) d'au moins 250 kg s'est écrasée à 400 mètres d'un centre commercial, suivie d'une deuxième puis, après quelques minutes, d'une troisième. Une tactique destinée à faire le plus de morts possibles parmi les secouristes et les malheureux venus prêter main-forte. En pleine journée, au plus fort de l'affluence. L'une des bombes a laissé un funeste cratère noir et brûlant au centre de la chaussée. Autour, éparpillés, les restes des passants démembrés : une jambe, une tête, un pied et un amas sanguinolent jonchent l'une des rues principales de Kramatorsk.
Des frappes avant un cessez-le-feu
Ces frappes ont eu lieu juste avant un cessez-le-feu de 48 heures que Vladimir Poutine avait appelé de ses vœux pour commémorer le 9 mai, équivalent du 8 mai en France. Les militaires courent dans tous les sens pour tenter de retrouver des blessés, tandis que des explosions s'échappent d'une demi-douzaine de véhicules en feu. Des militaires éberlués échappent aux trombes noirâtres alors que peu à peu la police et les secours arrivent. Les explosions ont causé plusieurs courts-circuits, provoquant une panne de courant généralisée dans la ville. Les pompiers, craignant que les lignes à terre ne soient pas toutes débranchées, stoppent prudemment leur camion et dégagent l'avenue des fils pour se frayer un passage.
« Ils larguent leurs bombes en journée pour tuer les civils »
« À l'abri ! Alerte KAB » D'un coup, les militaires refluent en courant alors qu'un autre KAB est signalé sur les radars. Même les pompiers se dispersent en pagaille pour trouver une cave ou un creux pour se réfugier. Mais la bombe passe au-dessus de la ville pour fondre sur d'autres cibles. Depuis une semaine, aucune bombe ne s'était écrasée sur le centre-ville. La possibilité d'un cessez-le-feu, à partir de mardi minuit, faisait espérer une accalmie. Contre toutes attentes, douchant les espoirs des habitants de Kramatorsk, les KAB ont semé la mort : au moins 5 civils tués. « Désormais, commente un soldat, ils larguent leurs bombes en journée pour tuer les civils. C'est ainsi depuis quelques semaines. Ils visent les civils bien sûr car, la nuit, à cause du couvre-feu, il n'y a plus que des militaires dehors. »
À quelques heures du cessez-le-feu que Vladimir Poutine a appelé de ses vœux pour commémorer en sécurité le 9 mai, ces bombardements montrent, s'il en était besoin, que l'heure n'est pas aux négociations de paix et que la pause des combats agréée par les belligérants ne sera pas appelée à durer.



