Emmanuel Macron a proposé ce mardi de nommer Emmanuel Moulin, 57 ans, son ex-secrétaire général de l'Élysée, comme gouverneur de la Banque de France. Énarque et ancien directeur général du Trésor, il succédera en juin à François Villeroy de Galhau, sauf veto des commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat, qui peuvent s'y opposer à la majorité des trois cinquièmes. Ce scénario ne s'est produit qu'une seule fois, en 2023, lorsque le Parlement avait rejeté une nomination à la tête de l'Ademe.
Une série de nominations stratégiques
Cette proposition s'inscrit dans une série de nominations de proches du président à des postes clés de l'État. Emmanuel Moulin à la Banque de France jusqu'en 2032, Richard Ferrand au Conseil constitutionnel jusqu'en 2034, Amélie de Montchalin à la Cour des comptes potentiellement jusqu'à ses 67 ans en 2053... Emmanuel Macron multiplie les désignations de fidèles à des postes stratégiques. En mai, il devra trancher sur le remplacement du vice-président du Conseil d'État, avec Marc Guillaume, ancien secrétaire général du gouvernement, pressenti.
Des critiques de l'opposition
Les oppositions dénoncent un "fait du prince" et un "passage en force". Pourtant, dans notre monarchie républicaine, tous les chefs d'État ont largement exercé ce pouvoir de nomination, fixé dans l'article 13 de la Constitution. Une pratique verticale mais parfaitement légale. Selon le journaliste Michaël Moreau, auteur de "Sa Majesté nomme", au moins 5 000 postes dépendent du feu vert élyséen : préfets, ambassadeurs, recteurs, directeurs de musée, etc.
Un contexte politique particulier
Ces nominations s'accélèrent en fin de règne, c'est classique. Mais le contexte est moins habituel. À un an d'une possible victoire du RN à la présidentielle, elles sont perçues comme une volonté de sécuriser l'État de droit et de limiter d'éventuelles tentations illibérales. Ainsi, le départ anticipé de François Villeroy de Galhau, un an et demi avant la fin de son mandat, officiellement pour prendre la tête d'une fondation caritative, prive de facto le futur locataire de l'Élysée d'une nomination cruciale. Cependant, en puisant dans un vivier strictement macroniste, Emmanuel Macron prend le risque de rendre un service à Marine Le Pen ou Jordan Bardella : si l'un d'eux accède à la présidence, il sera plus difficile de leur reprocher de procéder à des nominations très politiques.



