Kherson, ville martyre sous le feu des drones russes
Le grand port fluvial de Kherson se trouve à moins de trois kilomètres des positions russes, exposant la ville à un danger permanent. L'armée russe y pratique ce que les habitants appellent un « safari humain », ciblant systématiquement les infrastructures civiles et les passants avec des drones FPV chargés d'explosifs. Dans ce contexte de menace constante, une solution inattendue émerge : des filets de pêche, notamment originaires de Bretagne, sont déployés en masse pour protéger la population.
Un quotidien sous la menace des drones
Kherson est la seule grande ville ukrainienne à être aussi proche des lignes ennemies. Avant 2022, elle comptait 280 000 habitants ; aujourd'hui, ils ne sont plus qu'environ 60 000 à braver les dangers. Le paysage urbain est marqué par les destructions : l'administration régionale n'est plus qu'un trou béant, la gare est partiellement détruite, et les rues portent les stigmates des impacts de missiles.
Le danger est omniprésent. Un ciel bleu et dégagé, loin d'être rassurant, signifie une visibilité optimale pour les drones russes. Ces engins volants scrutent la ville en permanence, prêts à fondre sur toute cible repérée. Selon les Nations unies, au moins 200 civils ont été tués par ces attaques en 2025. Les habitants vivent avec la peur constante d'être déchiquetés en marchant dans la rue, en circulant à vélo ou en voiture.
Les filets bretons, une barrière contre la mort
Face à cette menace, Kherson a trouvé une parade ingénieuse : recouvrir la ville de filets de pêche. Ces filets, initialement conçus pour la pêche au gros dans l'Atlantique, sont désormais utilisés pour intercepter les drones ennemis. Une initiative portée par l'association Kernic Solidarités, basée dans le Nord Finistère, qui a affrété deux convois depuis le port de Roscoff vers l'Ukraine en novembre et décembre.
Serhiy, directeur adjoint des services d'urgence de l'oblast de Kherson, confirme l'efficacité de ces filets : « À peine reçus, on les a testés en conditions réelles avec des drones FPV, ils résistent très bien. On les emploie immédiatement pour la protection des infrastructures et de la population. »
Les 360 kilomètres de filets bretons, financés par des dons et des aides des collectivités locales, sont stockés dans un centre de tri tenu secret pour éviter d'être ciblés par les Russes. Ces filets aux mailles variées (25, 50 ou 100 millimètres) sont adaptés à différentes missions : protection des routes, des établissements médicaux ou des sites énergétiques.
Une adaptation extrême au danger
La vie à Kherson est rythmée par des règles de survie qui défient toute logique. Olga, employée au service des parcs de la ville, explique : « S'arrêter au feu rouge, c'est se mettre en danger. Rouler en excès de vitesse, c'est augmenter ses chances de survivre. Mettre sa ceinture de sécurité est une aberration, car elle pourrait bloquer le corps en cas d'explosion. Même la police le dit : la ceinture met la vie en danger ! »
Malgré ce stress permanent, les derniers habitants refusent de quitter la ville. Ils se sentent paradoxalement plus à leur place dans cette zone périlleuse qu'à Odessa, pourtant moins exposée. Mais cette adaptation a un coût : beaucoup souffrent de syndromes de stress post-traumatique, conséquence d'un niveau d'anxiété constamment élevé.
Les filets, bien qu'efficaces, ne suffisent pas à éliminer totalement la menace. Maksym, directeur du service des sauvetages d'urgence, témoigne : « Tous les jours, mes équipes ramassent des drones et des mines antipersonnel sur les filets. Les Russes savent où ils sont installés, et plus il y en a, plus cela les décourage d'attaquer ces zones. »
Kherson continue de résister, transformant ses rues en un étrange paysage de filets multicolores, symbole à la fois de sa vulnérabilité et de son incroyable résilience.



