Israël poursuit ses frappes au Liban sud malgré le cessez-le-feu et le désarmement du Hezbollah
En dépit de l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024, qui a mis fin à la guerre menée par Israël contre le Hezbollah depuis octobre 2023, l'État hébreu continue ses frappes dans le Liban sud. Cette situation persiste alors que l'armée libanaise a annoncé, en janvier 2026, avoir désarmé le Parti de Dieu entre la frontière israélienne et le fleuve Litani. Omniprésent grâce à ses drones et occupant toujours cinq positions stratégiques, Israël maintient sous emprise une région cruciale pour ses impératifs sécuritaires, dans ce qui est qualifié d'occupation technologique.
1923 : Le partage mandataire et les frontières contestées
Contrôlé par les Ottomans depuis le XVIe siècle, le Levant devient, durant la Première Guerre mondiale, l'objet de tractations entre la France et le Royaume-Uni. Les accords Sykes-Picot de 1916 esquissent une première délimitation, dans une région aux ressources hydriques stratégiques. Les représentants sionistes demandent aux Britanniques de fixer la frontière nord de leur futur État le long du fleuve Litani. En 1923, l'accord Paulet-Newcombe établit la frontière entre le mandat français au Liban et celui britannique en Palestine, amputant le Liban du Doigt de Galilée, un corridor géographique stratégique. Cette ligne est adoptée par la République libanaise à son indépendance en 1943, puis par Israël en 1948, et confirmée par la ligne d'armistice en 1949.
1978 et 1982 : Les invasions et l'occupation israélienne
Au début des années 1970, l'arrivée de combattants de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban fait du sud du pays une base pour les attaques contre Israël. En mars 1978, Israël envahit le Liban jusqu'au Litani, se retirant en juin tout en conservant une ceinture de sécurité de 10 kilomètres avec l'appui de l'Armée du Liban sud (ALS). En juin 1982, Israël lance une offensive pour éliminer l'OLP et porter au pouvoir son allié Bachir Gemayel, menant au siège de Beyrouth et aux massacres de Sabra et Chatila. Israël se replie en 1983, mais maintient une zone de sécurité jusqu'en 2000, favorisant la montée du Hezbollah.
2000 : Le retrait et la ligne bleue
Après vingt ans d'occupation et face aux pertes infligées par le Hezbollah, Israël se retire unilatéralement du sud du Liban en mai 2000, consacrant la victoire du Parti de Dieu. L'ONU établit la ligne bleue pour vérifier le retrait, une ligne de démarcation contestée par le Liban sur 13 portions, dont les Fermes de Chebaa, un territoire stratégique riche en eau.
2006 : La guerre des trente-trois jours
Après le retrait, le sud du Liban devient un bastion du Hezbollah, qui lance des attaques contre Israël. Le 12 juillet 2006, après l'enlèvement de deux soldats, Israël lance une vaste opération aérienne, terrestre et navale. Malgré sa supériorité, l'armée israélienne se heurte à la résistance du Hezbollah. Le cessez-le-feu du 14 août fait près de 1 200 morts civils et 4 000 blessés. La résolution 1701 prévoit le retrait du Hezbollah et d'Israël de la zone tampon, mais le Hezbollah capitalise sur sa victoire divine.
2024 : Le front contre le Hezbollah après le 7 octobre
Après l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le Hezbollah lance des missiles, et Israël riposte en frappant massivement le sud du Liban. En septembre 2024, Israël lance l'opération Flèches du Nord, avec une offensive aérienne massive le 23 septembre, l'un des jours les plus meurtriers (au moins 558 morts). Les frappes entraînent un exode et s'étendent à tout le pays : le 27 septembre, Hassan Nasrallah est tué à Beyrouth. Le 30 septembre, Israël envahit le sud du Liban. Le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 exige le retrait du Hezbollah au nord du Litani et celui d'Israël sous soixante jours. Le conflit a fait plus de 4 000 morts et déplacé plus de 1,2 million de personnes.
Aujourd'hui : L'occupation technologique persistante
Malgré le cessez-le-feu, Israël a créé une zone tampon dépeuplée dans le sud du Liban, avec interdiction de retour pour les habitants, destruction systématique des infrastructures, et occupation constante par des drones. Le 17 février 2025, l'armée israélienne annonce la possession indéfinie de cinq positions stratégiques surplombant des villages libanais. En novembre 2025, la Finul dénonce la construction de murs de béton empiétant sur le territoire libanais. Alors que l'armée libanaise a déclaré avoir achevé le désarmement du Hezbollah, les opérations israéliennes se poursuivent, violant l'accord de cessez-le-feu et maintenant la population sous pression.



