Israël : le testament trahi de David Ben Gourion
Israël : Ben Gourion trahi par Netanyahou

Dans un éditorial publié le 29 avril 2026, Grégoire Leménager, directeur adjoint de la rédaction du Monde, dresse un constat alarmant sur la dérive d'Israël sous la direction de Benyamin Netanyahou. Il dénonce une spirale infernale de violence et d'autoritarisme qui renierait les fondements mêmes de l'État hébreu, tels qu'énoncés par son fondateur David Ben Gourion.

Une loi barbare et raciste

L'éditorialiste s'indigne du vote par la Knesset d'une loi rétablissant la peine capitale pour les Palestiniens jugés coupables de « meurtre terroriste », une mesure qualifiée de « barbare, raciste et inefficace » par l'historienne Frédérique Schillo. Le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir a même débouché du champagne pour célébrer ce texte, qui exclut les terroristes juifs de son application.

Un État de droit en péril

Cette loi illustre selon Leménager la gangrène qui ronge l'État de droit en Israël, jadis présenté comme « la seule démocratie du Moyen-Orient ». Il rappelle le discours de David Ben Gourion le 14 mai 1948, proclamant l'attachement d'Israël à des « valeurs tant nationales qu'universelles », et son testament politique : « Notre position dans le monde sera déterminée non pas par nos richesses matérielles ou la bravoure de nos militaires, mais par la vertu morale de notre entreprise. »

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La guerre comme unique horizon

Leménager dépeint un Israël transformé par Netanyahou en « super Sparte », où la guerre est devenue l'alpha et l'oméga. Depuis les attaques du 7-Octobre, le Premier ministre a ravagé Gaza, réduisant deux millions d'habitants à survivre dans les décombres. Il a entraîné Donald Trump dans un conflit contre l'Iran et lancé une offensive au Liban contre le Hezbollah, infligeant des souffrances inouïes aux populations civiles.

Une fuite en avant sans issue

L'éditorialiste s'interroge sur les conséquences de cette « hybris » militaire, qui sert surtout à Netanyahou à se maintenir au pouvoir en attendant les élections de l'automne. Il voit mal comment cette stratégie de « pax israeliana » imposée par les armes pourrait aboutir à une paix durable, alors que les voisins d'Israël le considèrent déjà comme un ennemi mortel.

Une mutation identitaire dangereuse

Leménager cite l'historien israélo-américain Omer Bartov, qui décrit une évolution de l'ethos patriotique israélien vers un « ethno-nationalisme » dangereux. En Cisjordanie, des colons juifs, galvanisés par des extrémistes religieux, multiplient les violences contre les Palestiniens pour s'emparer de leurs terres. Bartov reprend le « Discours sur le colonialisme » d'Aimé Césaire pour éclairer cette dynamique : « La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir, à le dégrader, à réveiller les instincts enfouis, la convoitise, la violence, la haine raciale, le relativisme moral… »

Un espoir pour la société civile

Leménager espère que ce diagnostic sévère poussera la société civile israélienne à ouvrir les yeux sur la « machine infernale » dans laquelle elle est entraînée, comme elle l'avait fait après le massacre de Sabra et Chatila en 1982. Il conclut : « On peut gagner certaines guerres et y perdre son identité, voire son humanité. »

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