Israël aurait utilisé des bases secrètes en Irak contre l'Iran
Israël aurait utilisé des bases secrètes en Irak

Israël aurait exploité pendant plus d'un an au moins deux bases militaires clandestines installées dans le plus grand secret au début de la guerre contre l'Iran. Le tout, avec l'aval des États-Unis et sans que l'Irak ne soit au courant, rapportent les enquêtes de deux grands quotidiens américains, le Wall Street Journal (WSJ) et le New York Times (NYT). Le désert occidental irakien, vaste et peu peuplé, est historiquement utilisé pour ce type d'opérations secrètes.

Une base près d'al-Nukhaib

L'une d'elles, située près d'al-Nukhaib, aurait été préparée dès fin 2024 et utilisée pendant la guerre de 12 jours contre Téhéran en juin 2025 pour le ravitaillement, le soutien aérien et les soins médicaux. Selon le WSJ, elle aurait également servi de point d'appui pour les forces spéciales de l'armée israélienne menant des opérations en territoire ennemi, ou encore de refuge pour les équipes de recherche et de sauvetage prêtes à intervenir si des pilotes israéliens étaient abattus au-dessus de l'Iran.

Des sources américaines citées par le WSJ affirment qu'aucun pilote israélien n'a finalement eu besoin d'être récupéré par cette base secrète. En avril dernier, néanmoins, une opération de soutien depuis cette base aurait été proposée par les Israéliens à l'armée américaine, lorsque deux pilotes d'un avion de combat F-15 se sont écrasés près d'Ispahan, en Iran. Les Américains avaient finalement assuré eux-mêmes leur extraction, l'armée israélienne se contentant de frapper la zone pour garantir le succès de l'opération de sauvetage.

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Un "réseau de sites avancés" israéliens en Irak ?

Les soupçons autour de l'existence de cette base sont apparus en mars dernier, après la mort d'un berger irakien de 29 ans, Awad al-Shammari. Selon sa famille et des témoins interrogés par le NYT, il aurait découvert par hasard une piste d'atterrissage entourée de soldats, d'hélicoptères et de tentes avant d'alerter l'armée irakienne. Quelques heures plus tard, son pick-up aurait été poursuivi puis détruit par un hélicoptère dans le désert. Le lendemain, des unités irakiennes envoyées reconnaître la zone seraient tombées sous le feu de forces inconnues : un soldat irakien a été tué, deux autres blessés et plusieurs véhicules détruits, selon le commandement militaire irakien. Le lieutenant-général irakien Qais Al-Muhammadawi avait alors dénoncé une opération menée "sans coordination ni approbation" du gouvernement irakien.

Le NYT révèle également l'existence d'une deuxième base israélienne secrète en Irak, restée totalement clandestine. Selon plusieurs responsables irakiens et régionaux cités anonymement, cette installation se trouvait elle aussi dans le désert occidental irakien, mais son emplacement exact demeure inconnu. D'après le journal, Israël préparait depuis fin 2024 un réseau de sites avancés en Irak destinés au ravitaillement, au soutien aérien et aux opérations spéciales contre l'Iran, avec la coordination des États-Unis. Un député irakien ayant assisté à un briefing confidentiel du Parlement, Hassan Fadaam, affirme auprès du NYT que "celle d'al-Nukhaib est simplement la seule qui a été découverte".

Fragilisation de la relation Bagdad-Washington

Ces révélations fragilisent encore davantage l'équilibre déjà précaire entre Bagdad et Washington. Selon le New York Times, plusieurs responsables irakiens accusent les États-Unis d'avoir dissimulé à l'Irak la présence de forces israéliennes sur son territoire, alors que Washington est censé informer Bagdad de toute activité militaire étrangère. Le député irakien Waad al-Kadu, qui a lui aussi participé au briefing parlementaire confidentiel sur l'affaire, dénonce auprès du NYT "un mépris flagrant pour la souveraineté irakienne, son gouvernement et ses forces".

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L'Irak n'était pourtant pas complètement inconscient de l'affaire. Selon le major-général Ali al-Hamdani, l'armée irakienne surveillait depuis des semaines des mouvements suspects dans le désert sans jamais obtenir d'explications de la part des Américains. Selon deux responsables sécuritaires irakiens, Washington aurait même poussé Bagdad à couper certains radars afin de protéger les avions américains, rendant l'Irak dépendant des capacités américaines pour détecter des activités hostiles. Pour le chercheur Ramzy Mardini, fondateur du cabinet Geopol Labs interrogé par le NYT, l'affaire risque désormais de "fournir un prétexte à une implication militaire iranienne plus directe en Irak" et de transformer toute coopération avec les États-Unis en "alignement avec Israël" aux yeux d'une partie de l'opinion irakienne.