Iran : une répression accrue en réponse aux pressions intérieures et extérieures
Face à la pression croissante exercée par une campagne aérienne conjointe américano-israélienne qui cible régulièrement les forces de sécurité iraniennes depuis le début du conflit, les autorités de Téhéran redoutent particulièrement la résurgence des mobilisations populaires. La répression intérieure s'intensifie donc significativement en pleine guerre, avec une traque aux espions et aux dissidents qui prend une ampleur inquiétante.
Des centaines d'arrestations pour collaboration présumée
Ce mardi 17 mars, les médias iraniens ont rapporté l'arrestation de centaines de personnes, dont dix étrangers, soupçonnées de collaboration avec Israël et les États-Unis. Les dix ressortissants étrangers, dont les nationalités n'ont pas été précisées, ont été interpellés dans la province de Khorassan Razavi, au nord-est du pays. Ils sont accusés d'avoir recueilli des informations sur des sites sensibles et préparé des opérations sur le terrain.
Dans la province méridionale d'Hormozgan, un autre groupe de cinquante-cinq personnes a été arrêté et présenté comme des "mercenaires" des États-Unis et d'Israël par l'agence de presse semi-officielle Tasnim. De même, dans le nord-ouest du pays, vingt individus ont été interpellés pour avoir transmis à Israël des informations de localisation concernant les ressources militaires et de sécurité iraniennes.
Une répression systématique depuis fin février
Ahmadreza Radan, le chef de la police iranienne, a déclaré dimanche qu'au moins cinq cents personnes avaient été arrêtées depuis le début des opérations militaires israéliennes et américaines en Iran le 28 février. Les autorités les accusent d'avoir partagé des informations avec les adversaires de Téhéran.
Les charges retenues sont variées :
- Prise de photos ou de vidéos de sites touchés par les frappes aériennes
- Appartenance présumée au mouvement monarchiste, en référence aux partisans de Reza Pahlavi, fils exilé du dernier shah d'Iran
Les médias d'État ont même annoncé que onze personnes soupçonnées de monarchisme avaient résisté à la police et avaient été tuées lors de leur interpellation.
Un climat de terreur pour contenir les soulèvements
Le régime des mollahs a explicitement menacé de mort les manifestants potentiels afin de contenir tout risque de soulèvement. Comme le rapporte le Wall Street Journal, les Iraniens affirment que les forces de sécurité instrumentalisent la peur pour maintenir un contrôle strict sur les rues.
Des hommes armés circulent à moto, brandissant leurs armes pour intimider la population, particulièrement la nuit lorsque les citadins sortent rarement de chez eux. Ces individus, généralement en civil et le visage dissimulé, ont également mis en place un réseau de points de contrôle de sécurité autour de villes comme Téhéran, où ils arrêtent et fouillent régulièrement les voitures.
Menaces directes et célébrations sous surveillance
Les forces de sécurité menacent les manifestants potentiels par le biais d'annonces télévisées et de SMS, affirmant avoir donné l'ordre de tirer à vue. Ce week-end, les Gardiens de la révolution ont envoyé un SMS aux utilisateurs de téléphones portables, avertissant les émeutiers qu'ils subiraient "un coup plus dur que celui du 8 janvier", en référence directe aux massacres de manifestants anti-gouvernementaux.
Le régime iranien semble particulièrement craindre les célébrations de Tchaharchanbé-Souri, organisées à la veille du dernier mercredi du calendrier iranien. Lors de cette tradition, les Iraniens allument des feux d'artifice et sautent au-dessus des flammes. Le chef de la police Ahmad Reza Radan a mis en garde contre la possibilité d'actions israéliennes et américaines exploitant ces célébrations pour "semer l'insécurité dans le pays".
Contrôle de l'information et saisie de technologies de contournement
La quasi-coupure totale d'Internet, instaurée au début du conflit, reste en vigueur, empêchant la population de s'informer, de communiquer et de se mobiliser. La connectivité a été encore restreinte depuis dimanche selon NetBlocks, une organisation indépendante de surveillance du trafic Internet.
Le ministère iranien du Renseignement a annoncé ce mardi la saisie de centaines de systèmes Starlink, utilisés pour contourner le blocage d'Internet. La possession de cette technologie peut être passible de lourdes peines. La police a d'ailleurs arrêté la semaine dernière un homme de trente-sept ans accusé de gérer un réseau de vente illégal de Starlink.
Une légitimité de plus en plus fragile
"Le système envoie un message très clair : toute forme de dissidence ou de mobilisation populaire ne sera pas tolérée", analyse Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House. "L'Iran est confronté à une crise existentielle, et il est évident qu'il utilisera tous les moyens pour étouffer la menace intérieure."
Omid Memarian, spécialiste de l'Iran chez DAWN, ajoute : "Je crois que le régime a encore la capacité d'utiliser la force, mais l'ampleur et l'intensité de la répression témoignent aussi d'une profonde insécurité et d'une légitimité de plus en plus fragile."
Cette escalade répressive intervient alors qu'Israël a annoncé ce mardi avoir tué Gholamreza Soleimani, le chef des bassidjis (miliciens paramilitaires), ainsi que le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien Ali Larijani lors de frappes aériennes menées dans la nuit, illustrant la pression multiforme qui s'exerce sur le régime iranien.



