Iran : après la décapitation du régime, quel avenir pour la République islamique ?
Iran : quel avenir après la décapitation du régime ?

Un régime décapité mais toujours debout

Pour la première fois de son histoire, le régime des mollahs a été décapité. Le commandant en chef des Gardiens de la révolution a été éliminé, aux côtés d'une cinquantaine de hauts dignitaires. Depuis, les bombardements américains et israéliens continuent de s'abattre sur l'Iran. Pourtant, force est de constater que cette République islamique famélique tient bon, presque impavide face à l'adversité.

Un processus de désignation du successeur au Guide suprême a été ouvert. Un nom semble mettre d'accord l'IRGC, le Corps des gardiens de la révolution islamique : celui du fils de Khamenei. Selon le spécialiste de l'Iran David Izadifar, son règne promet d'être plus sanguinaire encore que celui de son père. Les Iraniens, désabusés, ont-ils encore une chance d'y échapper ? Et à quelles conditions ?

Une situation extrêmement tendue

La situation est extrêmement tendue. Plusieurs personnalités importantes du régime ont été éliminées, ainsi qu'une cinquantaine de membres des Gardiens de la révolution, souvent de haut rang. De nombreux centres et bases de commandement de l'IRGC ont été gravement endommagés ou détruits.

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Lors du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini, les forces de sécurité manquaient déjà d'unités antiémeutes pour faire face aux manifestations. Si les frappes israéliennes et américaines continuent de détruire les centres du Bassidj et de l'IRGC, il pourrait devenir très difficile de maintenir le système de répression une fois la guerre terminée.

Cela dit, le régime a jusqu'à présent montré une certaine capacité d'adaptation. Il parvient à maintenir une forme de continuité institutionnelle, notamment en procédant rapidement à des nominations. Très vite après la mort d'Ali Khamenei, un conseil intérimaire de trois membres a été mis en place pour assurer provisoirement les fonctions de leadership.

Les scénarios possibles pour l'avenir

Plusieurs scénarios restent possibles. D'abord, il pourrait y avoir des désertions au sein des forces armées. Tout dépendra de la durée des bombardements : plus ils se prolongent, plus le risque de défections augmente. L'armée régulière n'est pas aussi loyale au régime que l'IRGC, car elle a été affaiblie au fil des années au profit des Gardiens de la révolution.

On voit déjà circuler des vidéos montrant certains membres de l'IRGC qui cherchent à fuir ou à quitter leurs positions. Dans ce contexte, l'hypothèse d'un coup d'État interne ne peut pas être exclue. Il pourrait venir des échelons intermédiaires de l'appareil sécuritaire ou militaire, qui se retourneraient contre les dirigeants actuels.

Il faut aussi rappeler que les Gardiens de la révolution sont devenus une véritable puissance économique. Certains de leurs dirigeants cumulent un grand nombre de postes dans des entreprises et des conseils d'administration. Cette transformation d'une partie de l'élite militaire en acteurs économiques alimente des tensions internes.

Les divisions au sein du régime

Les divisions au sein du régime sont déjà très profondes. Regardez par exemple où sont aujourd'hui les figures réformistes comme Hassan Rohani ou Mohammad Javad Zarif : elles ont quasiment disparu de la scène politique. Quant au président Pezeshkian, son pouvoir réel reste très limité ; il joue surtout un rôle symbolique.

Par ailleurs, si l'on observe les personnalités visées par les opérations américaines ou israéliennes, on constate que la plupart appartiennent au camp conservateur, proche d'Ali Khamenei. À l'inverse, les figures réformistes n'ont pas été ciblées. Ce contraste est frappant et peut difficilement être le fruit du hasard.

Cela peut laisser penser que les États-Unis ne cherchent pas nécessairement à détruire tout le système iranien, mais plutôt à affaiblir son noyau le plus dur. Leur intérêt serait alors de favoriser l'émergence d'une figure réformiste ou plus pragmatique, perçue comme moins idéologique et plus ouverte à la négociation.

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L'opposition iranienne fragmentée

En Iran, aucun parti d'opposition ne peut exister légalement s'il n'est pas approuvé par des institutions de l'État qui sont elles-mêmes placées sous l'autorité du Guide suprême. Dans ces conditions, il est pratiquement impossible de structurer une opposition organisée à l'intérieur du pays.

Par ailleurs, l'opposition iranienne reste très fragmentée, notamment en exil, où coexistent de nombreux groupes aux visions et aux stratégies parfois divergentes. Reza Pahlavi joue surtout un rôle de fédérateur. Il incarne davantage un symbole capable de rassembler les Iraniens.

De façon générale, l'hypothèse de la prise de pouvoir d'une seule personne paraît peu réaliste. L'idée serait plutôt celle d'un scénario interne : quelqu'un issu du système qui prendrait le pouvoir ou le partagerait éventuellement avec l'opposition en exil.

Une société iranienne épuisée

La société iranienne est aujourd'hui profondément épuisée. La plupart des habitants ont quitté Téhéran pour se réfugier dans le Nord, même si les bombardements y ont également lieu. Depuis plusieurs années, les Iraniens traversent une succession de traumatismes : la répression du mouvement déclenché après la mort de Mahsa Amini, la pandémie, les crises économiques et maintenant la guerre.

Dans ces conditions, il est très difficile d'imaginer une mobilisation massive à court terme. Beaucoup de familles ont été directement touchées par la violence. Cette accumulation de drames a profondément marqué la société iranienne.

Les risques de fragmentation

Certaines stratégies paraissent toutefois dangereuses. Soutenir ou financer des groupes séparatistes baloutches, kurdes ou arabes pourrait être une grave erreur. L'Iran est un pays multiethnique où les populations sont très imbriquées.

Armer certaines minorités contre le pouvoir central ne risquerait pas seulement d'affaiblir le régime : cela pourrait aussi ouvrir la voie à une fragmentation du pays et à une guerre civile prolongée.

Perspectives économiques et politiques

Sur le plan économique, la situation ne pourrait de toute façon guère être pire que celle d'aujourd'hui. L'économie iranienne est déjà dans une situation très proche de la faillite. Le régime a toujours refusé d'admettre la gravité de la situation.

Cela dit, si le régime tombait, il y aurait rapidement un afflux d'investissements, notamment de la part des Iraniens de la diaspora. À cela s'ajouteraient des investissements étrangers. De nombreuses entreprises internationales sont intéressées par le marché iranien.

La situation politique serait probablement instable pendant un certain temps, peut-être deux ou trois ans. On pourrait assister à une situation comparable à celle de 1979-1980, avec une explosion de partis politiques et l'émergence de nombreuses nouvelles figures.

L'avenir du régime

Si le régime se maintient après la guerre, le pouvoir sera largement concentré entre les mains des Gardiens de la révolution qui ont soutenu la désignation de Mojtaba Khamenei. Dans ce cas, leur influence deviendrait pratiquement totale à tous les niveaux du système.

Le régime deviendrait probablement encore plus répressif. Le choix de Mojtaba Khamenei n'est pas anodin. Il entretient depuis longtemps des relations étroites avec un cercle de généraux des Gardiens de la révolution et aurait exercé une influence notable sur certaines nominations au sein de l'appareil sécuritaire et politique du régime.