La succession du Guide suprême iranien : un tournant vers un régime militaire ?
Dans son ouvrage Political Succession in the Islamic Republic of Iran : Demise of the Clergy and the Rise of the Revolutionary Guard Corps publié en 2020, Ali Alfoneh, chercheur à l'Arab Gulf States Institute et spécialiste du régime iranien, posait une question cruciale : que se passera-t-il après le décès de l'ayatollah Ali Khamenei ? Déjà à cette époque, il mettait en lumière les rivalités profondes entre les élites technocratiques et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) autour de cette succession. Plus inquiétant, il avançait l'hypothèse d'une possible transformation de la République islamique en dictature militaire.
Un scénario toujours d'actualité six ans plus tard
Six ans après cette analyse, alors que Mojtaba Khamenei vient de succéder à son père, ce scénario alarmant n'est toujours pas à écarter. Selon Ali Alfoneh, un Iran diplomatiquement isolé, nationaliste, appauvri et animé d'un esprit de revanche pourrait évoluer vers un modèle ressemblant à celui de la Corée du Nord. Dans un entretien accordé à L'Express, il développe cette perspective sombre et explique les mécanismes politiques derrière cette succession controversée.
L'hérédité en contradiction avec les principes de la République islamique
L'Express : Mojtaba Khamenei vient d'être nommé par l'Assemblée des experts. Pourtant, l'hérédité dans la succession n'est pas valorisée dans la République islamique d'Iran, car cela rappelle les pratiques du shah. Comment expliquez-vous cette entorse à la règle ?
Ali Alfoneh : La direction héréditaire est en effet idéologiquement abhorrée par la République islamique. Mais il ne faut pas oublier que la succession est un exercice politique, bien plus que théologique. La faction dominante parmi les élites dirigeantes identifie un candidat préféré et fait pression sur l'Assemblée des experts pour qu'elle l'élise. Si cette personne ne répond pas aux exigences constitutionnelles, édictées par l'article 109 de la Constitution de la République islamique, le régime peut alors modifier la Constitution par référendum.
Cette analyse révèle ainsi les tensions internes et les risques de dérive autoritaire qui planent sur l'Iran, où le pouvoir du CGRI pourrait s'affirmer davantage dans un contexte de crise économique et d'isolement international. Les observateurs suivent de près cette transition, qui pourrait redéfinir l'avenir politique de la région.



