Le 15 août 1944, à 00 h 15, les premiers éléments alliés posent le pied sur le sol provençal. Le 1er détachement du Service spécial américain – la 1st SSF, surnommée Devil's brigade –, les commandos d'Afrique et le Groupe Naval d'assaut, deux unités françaises, ont pour mission de neutraliser les batteries allemandes disséminées sur les îles du Levant et de Port-Cros à Hyères, au cap Nègre sur Le Lavandou et à la pointe de l'Esquillon à Saint-Raphaël.
Une progression ultrarapide dès les premières heures
La même nuit, à 4 h 30, les premiers éléments de la 1st Airborne task force sont parachutés autour du village de La Motte. Leur objectif : contrôler la RN 7 au carrefour du Muy, point stratégique pour couper la route aux éventuels renforts ennemis et remonter vers la vallée du Rhône.
Le débarquement à proprement parler débute à 8 heures du matin. Vu depuis le littoral, l'horizon est bouché par 850 bâtiments : des navires de guerre, dont plusieurs français – le cuirassé Lorraine, les croiseurs Duguay-Trouin, Georges Leygues ou encore Montcalm –, mais aussi des transports de troupes et surtout les 1 270 chalands de débarquement. Trois zones ont été identifiées par l'état-major allié : Cavalaire et Ramatuelle (Pampelonne) à l'ouest, Sainte-Maxime (La Nartelle et La Garonnette) au centre et Saint-Raphaël (Le Dramont, Anthéor, Agay) à l'est. Les 3e, 45e et 36e divisions d'infanterie américaines constituent les premières vagues d'assaut. En dépit des pertes estimées à un millier d'hommes et l'impossibilité de débarquer à Fréjus-Plage, les résultats de cette première journée de combats vont au-delà des espérances.
L'armée B débarque et libère les villes
Le 16 août, au vu de la progression rapide sur le terrain, l'armée B, commandée par le général Jean de Lattre de Tassigny, commence à débarquer sans encombre à La Croix-Valmer, Cavalaire et au fond du golfe de Saint-Tropez. Elle est composée de troupes d'une grande diversité, dont plus de la moitié proviennent d'outre-mer. Aux côtés des Métropolitains, pour beaucoup des évadés de France par l'Espagne, et des Corses, se trouvent de nombreux combattants venus de tout l'empire colonial : Maghrébins, Africains, volontaires du Pacifique et des Antilles, Indiens des comptoirs mais aussi Français d'Afrique du Nord (baptisés « pieds noirs » après la guerre). Les premiers échelons de cette armée française forte de quelque 260 000 hommes – dont certains n'ont jamais vu la « Mère-Patrie » – libèrent la Provence, à commencer par les villes d'Hyères, de Toulon et de Marseille. Bien souvent au terme de combats acharnés contre l'occupant allemand. 2 700 soldats français sont tués ou blessés dans les violents combats à Toulon et 1 500 à Marseille.
Néanmoins, la roue a bel et bien tourné. Plus rien ne semble résister aux forces alliées. Pour preuve, ce télégramme du général de Lattre de Tassigny adressé le 28 août 1944 au général de Gaulle : « Aujourd'hui J + 13, dans le secteur de mon armée, il ne reste plus un Allemand autre que mort ou captif. »
La progression des troupes alliées et le rôle de la Résistance
Dès le 15 août, les troupes alliées partent à la reconquête de la Provence. Leur objectif principal est le contrôle de la RN7. Celui des troupes françaises qui les suivent est la conquête de Toulon et de Marseille. Aussitôt après avoir mis le pied sur le sol français, les Américains prennent contact avec les Résistants. Les Forces françaises de l'intérieur (FFI) sont très actives dans le sud. Elles ont été créées le 1er juin 1944, rassemblent tous les groupes militaires combattants de la Résistance dont les Francs-tireurs et partisans sous la direction du général Koenig. Leur commandant pour le Var est le capitaine Salvatori, chef départemental des Corps francs de la Libération (CFL). Dès le 14 août après-midi, lorsqu'ils ont entendu le message codé de la BBC « Nancy a le torticolis », annonçant l'imminence du débarquement, les résistants sont sur le pied de guerre. Le responsable des FFI de la zone des Arcs, Jean-Marie Blanc, s'est empressé d'aller baliser le terrain pour les éventuels parachutages de la nuit. Il est en rapport avec le capitaine des services secrets américains Geoffrey Jones, lequel est muni de faux papiers au nom de Guillot… avec la mention « sourd-muet » pour qu'on ne repère pas son accent américain.
Après avoir surgi des barges par centaines et s'être rués sur les plages, les soldats alliés s'attaquent aux premiers villages. Saint-Tropez, Sainte-Maxime, Cogolin, La Môle, Cavalaire sont reprises, le 15 août, dans la foulée. Une à une les premières localités cèdent, même si la résistance de l'ennemi est parfois plus dure dans certaines, autour du Muy et des Arcs en particulier. Des combats s'engagent. Des morts tombent. Certains soldats viennent du Mississippi, du haut Dakota, du Texas ou du Nevada et finissent leur vie, dans leurs habits militaires, à l'entrée d'un village du Var.
Lorsque, le 15 août, la 45e division américaine arrive à Sainte-Maxime, un jeune homme court en haut du barrage de la ferme du Pilon pour aller annoncer la bonne nouvelle. Les soldats alliés le prennent pour un Allemand. Ils tirent, il est tué. Il s'appelait Fernand Bessy. Son père avait été tué par les Allemands quelque temps plus tôt. Une stèle rappelle ce double drame. Malgré les morts, partout la liesse populaire embrase les communes libérées. Partout des effusions, des embrassades, des drapeaux français et américains qu'on agite, des oriflammes qu'on accroche aux balcons. On chante, on danse dans les rues. On offre des fleurs aux libérateurs. Et eux, en retour, offrent leurs boîtes de rations militaires américaines. Les Varois les reçoivent comme des trophées.
Une libération rapide jusqu'à Hyères et Toulon
La première grande ville à être libérée est Draguignan. C'est symbolique : c'est la préfecture du Var et le QG du 62e corps d'armée allemand. Elle est libérée par les résistants et les gendarmes. Les Alliés arrivent, par le sud, le 16 août au soir. On se bat dans tous les quartiers. Le gendarme René Scheer, parti avec une brigade de Résistants pour reconquérir le nord de la ville, se fait abattre dans un champ derrière la Poste. Le tireur allemand sera capturé, conduit devant la gendarmerie et aussitôt exécuté. Un autre résistant, François Maugeri qui guidait un groupe de parachutistes américains, est lui aussi abattu. Après Draguignan, ce sont Fréjus et Saint-Raphaël qui cèdent. Au milieu d'une foule en délire, le secrétaire d'État américain à la Marine, James Forrestal, défile dans une Jeep. La population entonne La Marseillaise, les soldats américains se figent au garde à vous. En deux jours, au soir du 17 août, toute une zone du Var est déjà libérée : Cavalaire, La Môle, la vallée de l'Argens, Saint-Tropez, Le Muy, Bormes, la Londe, Le Luc, Pierrefeu, Carnoules, Gonfaron.
Le 18 août, les 2e et 4e brigades appartenant à la 1re division de la France Libre, sont envoyées vers Hyères sous le commandement du général Diego Brosset. Les Allemands se rendent en fin d'après-midi du 21 août. Les soldats alliés entrent enfin dans Hyères sous les acclamations de la population. L'objectif, à présent, est de prendre Toulon. Le 19 août, en effet, débutent à Toulon des combats extrêmement meurtriers. L'arsenal du Mourillon cède le 26 août. Ce sera l'un des derniers assauts à l'intérieur de la ville. En même temps, toutes les communes autour de Toulon ont été reprises une à une. La bataille de Toulon est terminée.



