Visite d'Isaac Herzog en Australie : heurts et hommages sous haute tension
Herzog en Australie : heurts et hommages sous tension

Le président israélien, Isaac Herzog, a promis lundi 9 février 2026 que le fléau de l’antisémitisme serait un jour vaincu, au premier jour d’une visite en Australie sous haute sécurité. Cette visite de quatre jours, destinée à rendre hommage aux victimes de la tuerie de Bondi et à soutenir la communauté juive, a été marquée par des heurts violents entre la police et des manifestants rassemblés en soutien au peuple palestinien à Sydney.

Des affrontements violents en marge de la visite

Face aux appels à manifester, les autorités australiennes ont mobilisé un important dispositif de sécurité, incluant des tireurs d’élite et des forces de police renforcées. La police de Sydney a utilisé du gaz poivre pour disperser les participants à une marche propalestinienne, et des jets de gaz ont également visé des journalistes, dont certains de l’Agence France-Presse, lorsque la manifestation a tenté de s’écarter du parcours autorisé.

Selon l’AFP, au moins 15 manifestants ont été arrêtés alors que des participants en venaient aux prises avec les forces de l’ordre. Le porte-parole du groupe Palestine Action, Josh Lees, a déclaré sur Instagram que la police les avait « à plusieurs reprises chargés à cheval et au gaz poivre ». Contactée par l’AFP, la police de Nouvelle-Galles du Sud n’a pas souhaité faire de commentaire sur ces incidents.

Une visite d’hommage sous la pluie

Isaac Herzog a précisé que sa visite visait à « exprimer sa solidarité et apporter de la force » à la communauté juive australienne, meurtrie par l’attaque du 14 décembre 2025 qui a fait 15 morts sur la plage de Bondi. « Nous vaincrons ce mal », a déclaré le chef d’État en rendant hommage, sous la pluie, aux victimes de cette tuerie, la plus meurtrière en Australie depuis trois décennies.

Accompagné de son épouse Michal et du premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, Chris Minns, M. Herzog a déposé une gerbe sur les lieux de la fusillade. « Les liens entre les gens de bien, de toutes confessions et de toutes nations, resteront solides face à la terreur, à la violence et à la haine », a-t-il soutenu lors de cette cérémonie émouvante.

Contexte de l’attentat de Bondi

Sajid Akram et son fils Naveed sont accusés d’avoir ouvert le feu sur une foule célébrant la fête juive de Hanouka sur l’emblématique plage de Bondi, en périphérie de Sydney. Le premier a été tué par la police tandis que le second a été inculpé pour crimes terroristes et meurtres. Selon les autorités, leur attentat était inspiré par l’idéologie du groupe djihadiste État islamique, mais les deux hommes n’ont pas reçu d’aide extérieure et ne faisaient pas partie d’une organisation terroriste.

Parmi les victimes figuraient un rescapé de la Shoah de 87 ans, un couple ayant tenté d’arrêter l’un des assaillants, et une enfant de 10 ans. Cet événement a provoqué une vive polémique en Australie, avec de nombreuses voix au sein de la communauté juive accusant le gouvernement travailliste d’avoir laissé prospérer l’antisémitisme, notamment depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et l’offensive israélienne qui a suivi.

Réactions politiques et manifestations

Le premier ministre australien, Anthony Albanese, a présenté ses excuses en décembre 2025 et appelle désormais à l’unité et au respect face aux appels à manifester dans tout le pays. « Je pense que les gens veulent que les vies innocentes soient protégées, qu’elles soient israéliennes ou palestiniennes, mais ils veulent aussi autre chose : que le conflit ne soit pas importé ici », a plaidé M. Albanese, qui va accompagner M. Herzog auprès des familles des victimes.

La manifestation à Sydney répondait à l’appel du groupe Palestine Action, accusant M. Herzog de « génocide » à Gaza et demandant qu’il fasse l’objet d’une enquête conformément aux engagements internationaux de Canberra. Une autre manifestation se tenait à Melbourne, demandant notamment la fin de l’« occupation » des territoires palestiniens, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Controverse internationale

Une commission d’enquête indépendante des Nations unies a établi en 2025 qu’Israël commettait un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque du 7 octobre. Selon les enquêteurs, qui ne s’expriment pas au nom de l’ONU, M. Herzog et d’autres dirigeants israéliens ont « incité à commettre un génocide » dans le territoire palestinien. Israël a rejeté « catégoriquement » ces accusations, dénonçant un « rapport biaisé et mensonger ». La police fédérale australienne a cependant promis une « immunité complète » au dirigeant israélien durant sa visite.

Divisions au sein de la communauté juive

Si le Conseil exécutif des juifs australiens, la principale organisation représentant la communauté juive, a salué la venue de M. Herzog, le Conseil juif d’Australie, plus libéral, a désavoué cette visite. Ce dernier reproche au chef d’État « la destruction en cours de Gaza », reflétant les profondes divisions au sein de la diaspora juive australienne sur la politique israélienne.

La visite d’Isaac Herzog s’inscrit dans une série d’hommages à la mesure de l’effroi suscité par la tuerie de Bondi, mais elle a aussi exacerbé les tensions sociales et politiques en Australie, mettant en lumière les défis du vivre-ensemble dans un contexte international polarisé.