Depuis le début de l'invasion russe, certains habitants de Kiev ont pris l'habitude de descendre dans le métro pour y dormir, même lorsqu'aucune alerte aérienne n'est en cours. Ce phénomène, rapporté par Le Monde, reflète l'angoisse persistante des civils face aux frappes récurrentes.
Un refuge devenu quotidien
Dans les stations du métro de Kiev, des familles entières s'installent chaque soir avec des matelas, des couvertures et des provisions. Ils choisissent les quais les plus profonds, considérés comme les plus sûrs. "On ne sait jamais quand une roquette peut arriver", témoigne Olena, une habitante de 45 ans, qui dort dans la station Maïdan Nezalejnosti depuis mars 2022.
Le métro de Kiev, avec ses 52 stations, sert à la fois de transport public et d'abri antiaérien. Les autorités municipales ont aménagé des zones de repos dans certaines stations, avec des lits de camp et des points d'eau. Pourtant, malgré ces aménagements, la vie dans le métro reste difficile : le bruit des rames, la lumière artificielle et le manque d'intimité.
Un phénomène qui s'ancre dans la durée
Selon une enquête récente, environ 15 % des habitants de Kiev ont déjà passé au moins une nuit dans le métro depuis le début de la guerre. Ce chiffre, bien que non officiel, montre l'ampleur du phénomène. Les nuits sans alerte sont rares, mais même lorsqu'elles surviennent, beaucoup préfèrent ne pas prendre de risque.
"Ma fille de 8 ans a peur de dormir à la maison. Elle ne se sent en sécurité que dans le métro", explique Dmytro, 38 ans, qui vient chaque soir avec sa famille. Les enfants sont particulièrement affectés : certains développent des troubles du sommeil et de l'anxiété.
La psychose des frappes
La peur n'est pas irrationnelle : depuis l'automne dernier, la Russie a intensifié ses frappes sur les infrastructures énergétiques et les zones résidentielles de Kiev. En mai dernier, une frappe a touché un immeuble à quelques centaines de mètres d'une station de métro, tuant trois personnes. Les habitants se souviennent de ces événements et préfèrent la sécurité relative du sous-sol.
Les autorités ukrainiennes encouragent d'ailleurs la population à utiliser les abris, mais elles reconnaissent que le métro n'est pas conçu pour un hébergement de longue durée. "Nous faisons de notre mieux pour améliorer les conditions, mais la solution durable reste la fin de la guerre", déclare un responsable municipal.
Un quotidien bouleversé
Pour beaucoup, cette vie dans le métro est devenue une routine. Ils arrivent vers 20 heures, s'installent à leur place habituelle, et repartent au petit matin. Mais certains y passent des journées entières, notamment les personnes âgées et les malades, qui craignent de se trouver loin d'un abri en cas d'alerte.
Le métro de Kiev, symbole de la résistance, est aussi devenu le reflet d'une société traumatisée. Les habitants racontent leurs nuits entre le grondement des rames et les conversations à voix basse, dans une atmosphère de solidarité et de peur mêlées. "Nous sommes devenus des voisins de sous-sol", dit Olena avec un sourire triste.
Alors que la guerre entre dans son troisième hiver, la question du logement dans le métro reste un défi majeur pour la ville. Les autorités réfléchissent à des solutions plus durables, mais aucune n'est encore mise en œuvre. En attendant, les quais continuent d'accueillir chaque nuit des centaines de personnes, dans l'espoir que les frappes s'arrêtent enfin.



