Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé, vendredi 4 septembre 2026, des sanctions et l'ouverture d'une enquête après la fusillade qui a opposé, mercredi, des agents du service de sécurité d'Ukraine (SBU) et du renseignement militaire (GUR) dans un quartier résidentiel de Kiev. Cet incident, qualifié d'« absolument honteux » par le chef de l'État, met en lumière la rivalité de longue date entre ces deux puissants organismes, tous deux engagés dans la lutte contre l'invasion russe.
Une fusillade au cœur d'une perquisition
Mercredi matin, plusieurs médias ont rapporté des échanges de coups de feu entre des agents du GUR, dépendant du ministère de la Défense, et du SBU, rattaché au ministère de l'Intérieur. Des vidéos montrant des hommes en treillis tirer dans une rue de la capitale ont circulé sur les réseaux sociaux. Le SBU a indiqué que l'incident s'était produit alors que ses agents menaient une perquisition liée à une enquête sur de supposés liens entre les services de sécurité russes (FSB) et un commandant du Corps des volontaires russes, une unité militaire ukrainienne sous le contrôle du GUR.
Selon « Le Figaro », il s'agit de Stepan Kaplunov, citoyen russe combattant aux côtés de l'Ukraine depuis le début de la guerre et commandant adjoint du Corps des volontaires russes, décrit comme une « unité formée d'ultranationalistes russes anti-Poutine ». Le quotidien français précise que le 1er septembre, le Corps des volontaires russes avait annoncé l'enlèvement de Kaplunov par des inconnus, « sans aucune information sur les charges portées contre lui ». Son avocat, Brovsky, affirme qu'il a en réalité été « arrêté par le SBU fin août et ramené à son appartement mercredi » pour une perquisition, au cours de laquelle des hommes du GUR seraient intervenus, déclenchant la fusillade.
Des blessés et des accusations croisées
Le SBU a confirmé que plusieurs personnes ont été blessées, sans donner de chiffre précis. Selon le journal « Ukrainska Pravda », relayé par « Le Figaro », au moins trois agents du GUR auraient été blessés. Le GUR a dénoncé, dans un communiqué, une « campagne de désinformation » visant à « discréditer » l'agence « et ses unités de combat », sans évoquer directement l'incident. En réaction, le SBU a publié une vidéo de Kaplunov reconnaissant des liens avec le FSB et affirmant avoir reçu pour mission d'éliminer des militaires ukrainiens en échange d'une récompense financière. Son avocat a dénoncé une vidéo « filmée en captivité, sous la contrainte, la torture et les menaces de mort », destinée à « justifier moralement l'enlèvement illégal d'une personne ».
Jeudi soir, Volodymyr Zelensky a détaillé les circonstances de la fusillade dans son allocution quotidienne. « Deux individus impliqués dans la fusillade ont été officiellement désignés comme suspects : il s'agit d'un agent du SBU et d'un agent du GUR », a-t-il déclaré. L'agent du GUR, identifié comme Serguiï Ivanov, a été interpellé, puis libéré vendredi et placé sous contrôle judiciaire. Selon le média Slidstvo.info, il est accusé d'avoir « tenté de porter atteinte à la vie d'un agent des forces de l'ordre ». Une audience concernant l'agent du SBU doit se tenir plus tard dans la journée.
Des limogeages et une rivalité exposée
Le président ukrainien a annoncé que des chefs adjoints des deux agences seraient « limogés », ajoutant : « Les deux entités doivent rendre des comptes. » Selon « Le Figaro », il a déjà signé un décret limogeant Oleh Khramov, chef du département de la protection des secrets d'État du SBU. « Il est important que la vérité soit établie et que de telles situations ne se reproduisent plus jamais », a insisté Zelensky. « Ici, en Ukraine, les seules personnes contre lesquelles on devrait tirer sont les occupants russes, pour la défense de l'Ukraine. Aucun autre échange de tirs ne sera jamais toléré par notre État. »
L'incident a ravivé la rivalité connue entre le SBU et le GUR. L'analyste politique Volodymyr Fessenko y voit une possible « confrontation personnelle et politique » entre le chef du SBU, Oleksandr Poklad, et l'ancien patron du GUR, Kyrylo Boudanov, actuel chef de l'administration présidentielle. Les deux services avaient déjà été impliqués dans l'affaire Anastasia Berezovska, une femme soupçonnée d'avoir posé un engin explosif à Monaco, exécutée de plusieurs balles dans la tête. Un membre du GRU et un homme présenté comme membre du SBU ont été mis en examen pour homicide volontaire en bande organisée.
Cette polémique survient alors que Zelensky espère une visite à Kiev des émissaires de Donald Trump dans les « prochains jours », dans le cadre des efforts de médiation américains. « Ils tiendront des réunions à Moscou et à Kiev. Nous comptons sur une rencontre dans les prochains jours », a déclaré le président ukrainien, précisant que des « dates préliminaires » avaient été définies. Il s'agirait de la première visite à Kiev de Steve Witkoff et Jared Kushner depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, après leur entretien téléphonique de fin juillet avec Zelensky pour « redynamiser la diplomatie ».



