La fin des espoirs diplomatiques
Il existait pourtant des "progrès" significatifs selon le médiateur omanais, mais les décisions de Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont finalement tout fait basculer. Alors que plusieurs rounds de négociations indirectes entre Américains et Iraniens s'étaient déroulés ces dernières semaines, centrés exclusivement sur la question épineuse du programme nucléaire, la campagne de frappes menée conjointement par Tel-Aviv et Washington a définitivement enterré l'éventualité d'un accord diplomatique.
"Je suis consterné. Des négociations actives et sérieuses ont une fois de plus été sapées", a déclaré le 28 février Badr Al-Boussaïdi, le ministre des affaires étrangères omanais, sur le réseau social X, au moment même où les premières opérations militaires de grande envergure dans toute la région venaient de débuter.
Une contradiction apparente
À l'époque de la guerre des douze jours, Donald Trump avait affirmé que le programme nucléaire iranien était "anéanti". Pourtant, lors de son allocution annonçant le lancement de la guerre, il a de nouveau insisté sur le fait que l'Iran ne devait jamais obtenir d'arme nucléaire. Comment expliquer cette contradiction apparente ?
Le président américain a pris le risque de la controverse en utilisant le terme "anéanti", donnant l'impression qu'il ne restait absolument rien, ce qui n'est pas exact. Dans les faits, le programme nucléaire iranien a été gravement endommagé. L'Iran ne retrouvera pas avant longtemps les capacités dont il disposait auparavant. Mais on ne peut affirmer qu'il s'agit d'une disparition totale et définitive.
Les éléments persistants
Il subsiste des éléments du programme, notamment :
- Des stocks d'uranium enrichi, y compris hautement enrichi
- Des centrifugeuses potentiellement intactes à Fordo et Natanz
- Une infrastructure industrielle partiellement démantelée mais non détruite
Dans ces conditions, l'Iran pourrait théoriquement reconstituer une installation d'enrichissement de taille réduite afin de porter de l'uranium hautement enrichi au niveau militaire. Cependant, ce scénario doit être analysé dans un contexte où l'infrastructure industrielle principale a été largement démantelée : les installations de fabrication de centrifugeuses ont été détruites, de même que celles produisant le gaz d'hexafluorure d'uranium, et jusqu'à 22 000 centrifugeuses auraient été éliminées.
La réponse iranienne
Après les frappes des États-Unis et d'Israël en juin 2025, l'Iran a immédiatement suspendu sa coopération avec l'AIEA sur ses sites nucléaires. Téhéran avait-il eu le temps de relancer son programme nucléaire ?
On ne connaît pas précisément ses stocks d'uranium enrichi, y compris ceux hautement enrichis. Des mouvements ont été observés vers un complexe de tunnels souterrains qui semblerait abriter une partie de ses stocks, sans que l'on sache s'ils y ont été déplacés ou laissés sur place. Des opérations de remise en état ont également été constatées :
- Installation de toitures au-dessus de bâtiments liés au programme de centrifugeuses
- Travaux de récupération divers sur plusieurs sites
- Reprise d'activités à Natanz sur le site pilote contenant de l'uranium hautement enrichi
Les sites fortifiés
Des travaux d'enfouissement ont aussi été observés à "Montagne de la Pioche", un site souterrain profondément enfoui près du complexe nucléaire de Natanz, où les entrées de tunnels ont été renforcées. Au complexe montagneux d'Ispahan, les accès ont été consolidés puis recouverts de terre. Ces sites sont désormais entièrement protégés, avec pour objectif clair la mise à l'abri d'infrastructures sensibles.
Ces développements ont alimenté les inquiétudes quant à une éventuelle reconstitution d'un programme d'armement nucléaire, en violation des engagements pris au titre du Traité de non-prolifération.
La stratégie américaine
Si les États-Unis sont réellement déterminés à en finir avec le programme nucléaire iranien, ils devraient viser la destruction complète de "Montagne de la pioche" ainsi que du complexe souterrain d'Ispahan. Il s'agirait d'enfouir définitivement l'uranium hautement enrichi, ainsi que les nouveaux équipements éventuellement installés.
L'objectif devrait être aussi d'éliminer les vestiges du programme de centrifugeuses subsistant depuis le mois de juin. Il s'agit d'un test décisif : si ces actions ne sont pas menées, il sera difficile d'affirmer que Washington est pleinement engagé dans la volonté de mettre un terme au programme nucléaire iranien.
Les cibles potentielles
Certains pourraient rétorquer que l'objectif prioritaire est un changement de régime, lequel abandonnerait l'ensemble des capacités nucléaires et réglerait définitivement la question. Toutefois, cette option constitue un objectif nettement plus ambitieux et incertain. La destruction supplémentaire des infrastructures nucléaires apparaît, en comparaison, plus accessible - même si ces installations sont fortement protégées.
Une telle opération exigerait néanmoins l'emploi par les États-Unis de certaines de leurs armes conventionnelles les plus avancées et les plus puissantes.
Les stocks d'uranium
Dans son rapport adressé récemment aux États membres, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a indiqué qu'une partie des stocks d'uranium enrichi se trouverait dans le complexe montagneux d'Ispahan. Il est toutefois possible que l'ensemble des matériaux n'y soit pas concentré.
Une partie pourrait encore se trouver dans les décombres de Fordo. D'autres quantités étaient présentes dans l'usine pilote, où l'Iran aurait tenté de récupérer certains matériaux. Néanmoins, la majeure partie des stocks d'uranium - notamment ceux enrichis à 20 % - semblerait désormais localisée dans le complexe montagneux d'Ispahan.
L'importance des niveaux d'enrichissement
La raison est technique : dans le processus d'enrichissement, atteindre 20 % signifie avoir parcouru environ 90 % du chemin vers l'uranium de qualité militaire (90 % d'enrichissement). À 60 %, on est à près de 99 % du chemin. Le processus n'est pas linéaire : plus le niveau d'enrichissement est élevé, plus la progression vers le seuil militaire devient rapide.
En d'autres termes, disposer de stocks à 20 % ou à 60 % réduit considérablement le nombre de centrifugeuses nécessaires et le temps requis pour atteindre un niveau militaire. Ces stocks constituent donc une réserve stratégique, comparable à un capital disponible, mobilisable rapidement pour produire de l'uranium de qualité militaire.
Les risques environnementaux
Y a-t-il un risque de fuite radioactive si les Américains ou les Israéliens frappent des installations nucléaires ? Non. Si l'objectif est de démanteler les installations et d'enterrer l'uranium hautement enrichi, il n'y aura pas de fuite. En juin, alors que le risque était plus élevé, aucune fuite ne s'est produite.
L'hexafluorure d'uranium n'a pas non plus fui. L'uranium n'est pas fortement radioactif, mais il émet un rayonnement faible. Son association avec le fluor fait toutefois de l'hexafluorure d'uranium un composé très dangereux : le fluor réagit violemment avec l'eau et forme des particules relativement lourdes qui retombent localement.
Ainsi, si le complexe souterrain d'Ispahan subissait d'importants dommages, il serait nécessaire de porter une combinaison de protection pour vérifier la présence d'hexafluorure d'uranium ou d'uranium hautement enrichi, car le fluor reste très réactif. L'inhalation d'uranium hexafluorure constitue un risque grave : il brûle les poumons et peut être mortel.
L'avenir incertain
Je ne pense pas qu'il reste beaucoup du programme nucléaire en activité. Si le régime venait à s'effondrer, les scientifiques impliqués chercheraient probablement à protéger leurs intérêts personnels : ils pourraient dérober des documents ou du matériel classifié, et éventuellement tenter de récupérer de l'uranium enrichi.
Il y aurait une perte de contrôle et la situation serait donc très chaotique. Il est possible qu'un nouveau régime émerge, peut-être une autre forme de dictature dirigée par des généraux du CGRI (Corps des Gardiens de la révolution islamique).
Dans le meilleur scénario, le régime se transformerait de manière comparable à ce qui s'est passé en Afrique du Sud, où le président de l'ancien régime de l'apartheid F. W. de Klerk a décidé d'abandonner le programme nucléaire. Dans ce cas, la transition vers une démocratie permettrait de supprimer de manière vérifiable les capacités nucléaires, sous contrôle de l'AIEA.
Mais si le régime arrive à se maintenir après le conflit - ce dont je doute -, la probabilité d'une relance du programme militaire pourrait augmenter significativement, créant une situation encore plus dangereuse pour la stabilité régionale et internationale.



