Fidel Castro : l'ascension du Lider Maximo
Le 16 février 1959, Fidel Castro devenait Premier ministre de Cuba, marquant le début d'un règne de cinquante ans sur l'île des Caraïbes. Dès lors, le "Lider Maximo" allait diriger Cuba d'une main de fer, forgeant un régime communiste à quelques encablures des côtes américaines.
Les débuts révolutionnaires
Fils d'un riche planteur d'origine espagnole, Fidel Castro s'engage très tôt dans l'action politique. Le 26 juillet 1953, il mène une attaque contre la caserne de Moncada à Santiago-de-Cuba avec une centaine d'hommes, dans le but de renverser le dictateur Fulgencio Batista. L'opération tourne au fiasco sanglant. Arrêté et condamné à quinze ans de prison, Castro bénéficie d'une amnistie dès 1954.
Après trois années de guérilla acharnée, Fidel Castro et ses compagnons d'armes, dont le légendaire Ernesto "Che" Guevara, parviennent finalement à faire tomber la dictature militaire de Batista le 1er janvier 1959. Ce succès est en grande partie dû au retrait du soutien militaire américain à Batista. Fort d'un énorme soutien populaire, le jeune guérillero est nommé Premier ministre quelques semaines plus tard.
L'alignement sur Moscou et l'isolement
Dès les années 1960, Fidel Castro et le Che se rapprochent résolument de Moscou, perdant rapidement le soutien des États-Unis. En 1962, la fameuse "crise des missiles" plonge le monde au bord d'une guerre nucléaire et conduit à l'instauration d'un embargo américain strict contre Cuba. De 1960 à 2006, "El Comandante", symbole de la lutte contre l'impérialisme américain, aura défié pas moins de onze présidents américains.
En mai 1963, Fidel Castro reçoit Nikita Khrouchtchev à Cuba, moins d'un an après la crise des missiles, scellant l'alliance avec l'Union soviétique. Cette relation déterminera l'économie et la politique étrangère cubaine pendant des décennies.
Les relations internationales complexes
Malgré son isolement relatif, Fidel Castro cultive des relations avec de nombreux leaders mondiaux. En 1974, lors d'une visite en Europe, il serre la main de François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste français. La même année, il reçoit à Cuba le leader palestinien Yasser Arafat, dont il soutient activement la cause.
En 1976, le président cubain rencontre Indira Gandhi, première ministre de l'Inde, lors d'une conférence internationale aux États-Unis. Ces rencontres illustrent la volonté de Castro de positionner Cuba comme un acteur du mouvement des non-alignés.
La chute de l'URSS et la survie du régime
Le 2 avril 1989, Fidel Castro reçoit le leader soviétique Mikhail Gorbatchev à La Havane, lors de la première visite du président soviétique en Amérique latine. Mais après l'effondrement de l'URSS en 1991, l'économie cubaine s'effondre à son tour, plongeant la population dans la pénurie.
Le régime castriste survit toutefois en légalisant le dollar américain et en s'ouvrant progressivement au tourisme international. Cette adaptation pragmatique permet à Cuba de traverser la "période spéciale" des années 1990.
Les alliances stratégiques
Fidel Castro cultive des relations privilégiées avec plusieurs leaders du Sud global. Le 26 juillet 1991, il devient le premier chef d'État à rencontrer Nelson Mandela après sa libération des prisons sud-africaines. Cette rencontre symbolise l'affinité entre les luttes anti-apartheid et anti-impérialiste.
En Amérique latine, Hugo Chávez, président du Venezuela, devient l'allié le plus précieux de Castro. En 2005, ils fondent ensemble l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), un traité commercial destiné à contrer l'influence américaine dans la région.
Les rencontres avec les papes
Le 20 janvier 1998, le président cubain accueille le pape Jean-Paul II à l'aéroport international José Martí de La Havane, marquant un rapprochement historique entre le régime communiste et le Vatican. Dix-sept ans plus tard, le 20 septembre 2015, c'est le pape François qui rencontre l'ancien président Castro après une messe célébrée sur la place de la Révolution devant des milliers de personnes.
La transition et l'héritage
Le 24 février 2008, Raúl Castro est élu président de Cuba par l'Assemblée nationale, succédant officiellement à son frère Fidel qui s'était retiré de la vie publique en 2006 pour raisons de santé. Cette transition familiale assure la continuité du régime castriste.
En 2015, lors d'une tournée dans les Caraïbes, le président français François Hollande rencontre secrètement le "Lider Maximo", provoquant l'irritation des dissidents cubains. Cette rencontre illustre la persistance du rôle symbolique de Castro même après son retrait du pouvoir.
Fidel Castro s'éteint le 25 novembre 2016, laissant derrière lui un héritage complexe : révolutionnaire charismatique pour les uns, dictateur implacable pour les autres, mais incontestablement une figure majeure du XXe siècle qui aura marqué l'histoire de Cuba et des relations internationales pendant plus d'un demi-siècle.



