Dubaï confrontée à l'exode des privilégiés après les frappes iraniennes
Sous les néons étincelants des gratte-ciel et les promesses d'un paradis fiscal, Dubaï cultivait depuis des années l'image d'un refuge prospère et sécurisé. Mais depuis que les missiles et drones iraniens traversent le ciel du Golfe, la ville aux mirages dorés et ses habitants – parmi lesquels de nombreux riches Occidentaux – découvrent brutalement la fragilité de leurs certitudes. Face à cette menace, un exode à deux vitesses se dessine, où les plus fortunés s'offrent des sorties de secours à prix d'or, tandis que d'autres luttent pour fuir.
La prise de conscience et la décision de fuir
« Quand on a vu le feu, on s'est dit 'OK, il est temps de partir' », raconte Evrim, une résidente turque installée à Dubaï. Près de chez elle, sur l'archipel artificiel de The Palm, des débris de missiles ont déclenché un incendie dans un hôtel de luxe, un événement qui a servi de déclic. Quelques heures plus tard, la décision était irrévocable : quitter les Émirats arabes unis coûte que coûte. Avec son mari et leurs deux enfants, la famille a déboursé 200 000 dollars pour rejoindre Genève, via le sultanat d'Oman, après avoir traversé six heures de désert jusqu'à Mascate. « On était très anxieux, explique-t-elle. Surtout pour les enfants, quand ils ont entendu le son des interceptions de missiles, ils ont eu peur. »
Les moyens de fuite des plus riches
Selon les autorités émiraties, plus de 800 drones et 200 missiles ont visé le pays, faisant trois morts et ciblant notamment les aéroports et installations pétrolières, piliers de l'économie. Dans ce contexte, l'espace aérien reste partiellement fermé et les vols commerciaux se font rares, poussant les résidents aisés à opter pour des solutions alternatives. « La demande augmente clairement », confirme Glenn Phillips, responsable des relations publiques pour Air Charter Service, une société spécialisée dans les jets privés. « Nous avons déjà organisé un certain nombre de vols d'évacuation et d'autres sont prévus, principalement au départ de Mascate. » Le trajet vers Oman est désormais le plus emprunté, malgré des files d'attente à la frontière pouvant durer trois ou quatre heures. La flambée des prix s'explique par une pénurie d'appareils disponibles, plusieurs avions étant cloués au sol et certains opérateurs rechignant à voler dans une zone devenue incertaine.
L'exode sur les routes et les inégalités criantes
Sur les routes aussi, l'exode s'organise de manière inégale. « La demande de voitures privées pour quitter les Émirats a explosé », observe Mike D'Souza, coordinateur chez Indus Chauffeur à Dubaï. Sa clientèle, majoritairement occidentale et aisée, file vers l'Arabie saoudite, dont les aéroports restent ouverts. En revanche, pour les autres résidents, la sortie s'apparente à un parcours d'obstacles. Un expatrié britannique raconte les difficultés rencontrées pour quitter la région avec sa femme enceinte et leur fils de 3 ans. « Les prix sont extrêmement élevés et les sièges disparaissent rapidement pendant que vous essayez de réserver », explique-t-il. Après plusieurs tentatives, la famille a finalement trouvé un vol pour Hyderabad, en Inde, avant de rejoindre la Thaïlande. « Même si mon fils ne comprend pas ce qu'il se passe, cela l'a clairement perturbé et ma femme a également été anxieuse. Cela dit, nous aimons profondément Dubaï, que nous considérons comme notre chez-nous », confie-t-il. « Nous avons pleinement l'intention d'y revenir une fois que notre bébé sera né et que la situation se sera calmée. »
Mais pour l'heure, dans la cité des mirages devenue zone d'inquiétude, l'évacuation a un prix – et tout le monde ne peut pas se l'offrir, soulignant les profondes inégalités qui traversent cette société en crise.



