Un détenu accusé d'avoir torturé d'autres prisonniers. Un Ukrainien d'une cinquantaine d'années a été placé en garde à vue le 7 avril en France, puis mis en examen et placé en détention provisoire, a indiqué vendredi le Parquet national antiterroriste français (Pnat), sollicité par l'AFP. L'arrestation a été rendue possible grâce à une coopération judiciaire avec l'Ukraine ainsi que le concours d’organisations de la société civile.
Inculpation pour crimes graves
Yevhen B. a été inculpé de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de complicité dans ces crimes, indiquent dans un communiqué la Fédération internationale pour les droits de l'homme (FIDH) et l’ONG Truth Hound. Il est accusé de crimes commis contre des détenus ukrainiens.
Selon ces organisations, Yevhen B. est soupçonné d'avoir commis ces crimes durant sa détention à Izolyatsia, à Donetsk. Cette prison était alors contrôlée par des membres de la République populaire autoproclamée de Donetsk (RPD), des séparatistes pro-russes soutenus par Moscou. Il y a été incarcéré d'avril 2017 à décembre 2019. Durant cette période, Yevhen B. aurait bénéficié d'un statut privilégié au sein de la prison, ayant été recruté par des membres de l'administration.
Un centre d'art transformé en prison
Izolyatsia est "un centre d'art contemporain transformé en prison pour y enfermer les citoyens suspectés d'être des soutiens au gouvernement ukrainien" à partir de 2014, lorsque les séparatistes prorusses ont pris le contrôle de la région, selon l'ONG Amnesty International. Pour le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, "plusieurs centaines de personnes ont été détenues et torturées dans cette prison et continuent de l'être depuis l'invasion de l'Ukraine par la Fédération de Russie" en 2022, rappelle le Pnat.
En décembre 2019, Yevhen B. a été libéré d'Izolyatsia dans le cadre d'un échange de prisonniers entre l'Ukraine et la RPD, précise le communiqué. Ses codétenus, libérés simultanément, ont immédiatement dénoncé ses crimes présumés aux autorités ukrainiennes, ce qui a entraîné l'ouverture d'une enquête nationale, selon la FIDH et Truth Hound.
Arrivée en France et enquête
En février 2022, cet Ukrainien né en 1979 à Donetsk a quitté l'Ukraine pour s'installer en France, où il a déposé une demande d'asile. La FIDH, Truth Hounds et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) ont alors officiellement signalé sa présence aux autorités françaises, ce qui a conduit à l'ouverture d'une enquête préliminaire en France. Depuis, ces organisations collaborent à l'enquête et ont identifié des victimes et des témoins. "Les frontières ne protègent pas les criminels de la justice", constate Oksana Pokalchuk, codirectrice générale de Truth Hounds, citée dans le communiqué.



