Cuba rétablit son électricité après une panne générale, Washington accentue la pression pour des réformes
Le réseau électrique cubain a été rétabli mardi après plus de 24 heures de panne générale, un incident qui a plongé l'île dans le noir et exacerbé les tensions avec les États-Unis. Les autorités ont annoncé que le courant était revenu sur l'ensemble du territoire, y compris dans de nombreux quartiers de La Havane, où vivent 1,7 million d'habitants. Cette panne, la sixième en près d'un an et demi, survient dans un contexte de pression croissante de Washington sur le gouvernement communiste pour qu'il accélère les réformes en faveur de l'économie de marché.
Washington hausse le ton
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a estimé mardi que les mesures annoncées la veille par La Havane, permettant à la diaspora cubaine d'investir sur l'île et d'y détenir des entreprises privées, étaient loin d'être suffisantes. « Cuba a une économie qui ne fonctionne pas et le système politique et gouvernemental est incapable d'y remédier. Il leur faut donc opérer un changement radical », a déclaré Marco Rubio, lui-même d'origine cubaine et fervent opposant au pouvoir communiste. Le président Donald Trump a ajouté : « Ils parlent avec Marco, et nous allons très bientôt faire quelque chose concernant Cuba », sans préciser ses intentions.
La réponse de La Havane
La réponse cubaine ne s'est pas fait attendre. Le président Miguel Diaz-Canel a déclaré sur X : « Face au pire scénario, Cuba a une certitude : tout agresseur extérieur se heurtera à une résistance indestructible ». Il a fustigé les menaces américaines, accusant Washington d'utiliser comme prétexte les difficultés économiques qu'il a lui-même contribué à créer par plus de six décennies d'embargo et d'agression. La numéro deux de l'ambassade de Cuba à Washington, Tanieris Dieguez, a réaffirmé que le modèle politique cubain n'était pas négociable.
Un geste d'ouverture économique
Lundi, La Havane a annoncé une sérieuse brèche dans son système socialiste en autorisant la diaspora cubaine, notamment celle vivant aux États-Unis, à investir dans des secteurs clés comme les banques, l'agriculture, le tourisme, les mines et les infrastructures. Ce geste d'ouverture intervient alors que l'économie de l'île, déjà affaiblie par plus de six années de crise, est au bord du gouffre, paralysée par le blocus énergétique imposé par Washington et l'embargo en vigueur depuis 1962.
Des difficultés persistantes
Malgré le rétablissement du réseau électrique, les délestages ont repris dans les 15 provinces du pays pour faire face à la faible production. « Vivre dans ce pays, c'est une agonie », s'emporte Rolando, un maçon de 55 ans qui a souhaité rester anonyme. « Si déjà quand tu as quatre ou cinq heures de courant par jour ce n'est pas une vie, alors avec une panne générale comme maintenant, tout se complique salement ». Le pays est régulièrement confronté à des coupures massives, certaines pouvant durer plusieurs jours. Le gouvernement cubain attribue ces problèmes aux sanctions américaines qui l'empêchent de réparer son infrastructure vieillissante, tandis que des économistes pointent aussi le sous-investissement chronique de l'État.
Un contexte énergétique tendu
Depuis deux mois, les livraisons de pétrole en provenance du Venezuela, principal fournisseur de La Havane, sont interrompues, et l'administration Trump menace de sanctionner tout pays qui enverrait du pétrole à l'île des Caraïbes. Cette situation aggrave la crise énergétique et complique la gestion du réseau électrique, déjà fragile. La panne générale de lundi est un signe supplémentaire des difficultés auxquelles fait face ce pays de 9,6 millions d'habitants, tiraillé entre des réformes économiques timides et une pression extérieure croissante.



