Crise énergétique à Cuba : un quotidien bouleversé par les pénuries
« Les temps sont compliqués ». Cette phrase résonne comme un leitmotiv à Cuba, où une crise énergétique majeure frappe le pays depuis le mois de janvier, pesant lourdement sur le quotidien des 9,6 millions d'habitants. Coupures de courant prolongées, transport limité, emplois menacés et prix à la hausse constituent les quatre principaux points de difficultés auxquels l'île est confrontée, avec en toile de fond l'état incertain des réserves de carburant.
Le transport limité : une paralysie progressive
Sur l'île, la vente de diesel est désormais suspendue et celle d'essence est drastiquement rationnée. Les propriétaires de véhicules n'ont accès qu'à 20 litres d'essence via une application gérant la répartition aux particuliers, un processus qui peut prendre des mois. Le transport public a été fortement réduit, et les prix des courses des quelques taxis privés encore en circulation à La Havane ont doublé, de même que ceux des triporteurs électriques utilisés comme transport collectif.
« Les temps sont compliqués », confie Yixander Diaz, un chauffeur de taxi redevenu maçon qui vit dans un quartier périphérique de La Havane. À 27 ans, il se déplace à vélo jusqu'au centre de la capitale pour travailler, transportant outils et matériaux sur sa bicyclette. Il a dû « ranger la moto, la voiture et prendre le vélo » pour revenir à son ancien métier et « continuer à survivre » afin de nourrir ses deux enfants.
Les emplois menacés : un impact économique sévère
Le gouvernement a assuré maintenir à 100 % les salaires des employés d'État pendant au moins un mois après l'annonce d'un paquet de mesures pour économiser l'électricité et le carburant, incluant le télétravail et la semaine de quatre jours. Cependant, le ralentissement de l'activité économique affecte déjà les entreprises privées, les travailleurs indépendants et les petits emplois informels.
« À tout moment, je peux me retrouver sans travail et je ne sais pas comment je vais nourrir ma famille », se désole Alexander Callejas, 49 ans, qui travaille à son compte comme gardien de voiture devant un restaurant du quartier de la Vieille Havane, où les clients venant en voiture se font plus rares.
Selon une étude du cabinet de consultant cubain Auge, 96,4 % des petites et moyennes entreprises privées, soit plus de 8 900 entreprises, sont touchées de façon « sévère » à « catastrophique » par la pénurie de carburant.
Des coupures d'électricité : une production en berne
La production de brut à Cuba permet seulement d'assurer le fonctionnement des centrales thermiques pour la génération d'électricité. Le manque de diesel paralyse les générateurs qui complètent la production. Entre le 1er janvier et le 15 février, la disponibilité d'électricité a baissé de 20 % dans le pays par rapport à 2025, année au cours de laquelle Cuba avait à peine satisfait la moitié de ses besoins, selon des chiffres officiels compilés et analysés par l'AFP.
Cette baisse est cependant mitigée par une hausse importante de la production d'énergie solaire depuis début 2026, par rapport à 2025 (+ 42,3 %), selon les mêmes calculs.
Une hausse des prix : l'inflation galopante
La hausse du carburant et la pénurie de transports ont fait flamber les prix de produits comme l'huile dans les commerces privés, ainsi que de certaines denrées agricoles, renchérissant encore davantage l'offre disponible déjà limitée, dans un pays qui importe 80 % de sa nourriture.
Luis Amauri Morales, 52 ans, un vendeur ambulant de fruits et légumes, reconnaît que ces produits frais deviennent chaque jour plus chers. « La pénurie peut arriver » si la crise du carburant et la hausse du prix du pétrole se poursuivent, craint-il, alors qu'un litre de pétrole coûte 5 dollars au marché noir.
Dans le quartier du Centro, Yordan Gonzalez, 20 ans, employé d'un petit kiosque qui vend des fruits et légumes, ainsi que quelques denrées importées, ressent déjà les effets de cette pénurie. « Nous commençons à travailler à neuf heures du matin et à midi nous devons déjà fermer, parce qu'il n'y a pas de marchandise » et « il n'y a pas de carburant » pour en faire venir davantage. Dans le port de Mariel, le port commercial de La Havane, les conteneurs s'accumulent face au manque de diesel pour distribuer les marchandises, selon une source du secteur à l'AFP.



