Crise du kérosène à Cuba : l'île paralysée par les sanctions américaines
Crise du kérosène à Cuba : paralysie aérienne et sanctions

Cuba suspend l'approvisionnement en kérosène : paralysie aérienne en vue

Le ciel cubain se vide dramatiquement. Les autorités de La Havane ont officiellement informé les compagnies aériennes internationales qu'elles ne pourront plus les approvisionner en carburant aviation à partir de ce mardi 10 février. Cette mesure exceptionnelle, qui restera en vigueur jusqu'au 11 mars prochain, plonge l'île des Caraïbes dans une situation critique en pleine haute saison touristique.

Une décision aux conséquences immédiates

La suspension des livraisons de kérosène a déjà contraint Air Canada à annuler ses 16 vols hebdomadaires vers Cuba. La compagnie aérienne canadienne a précisé qu'elle enverrait des avions vides depuis Montréal et Toronto pour rapatrier environ 3 000 ressortissants canadiens actuellement en visite sur l'île. Cette décision frappe durement le secteur touristique cubain, déjà fragilisé par une baisse de 18% du nombre de visiteurs l'an dernier.

D'autres transporteurs aériens pourraient rapidement suivre l'exemple canadien. Des compagnies américaines, espagnoles, panaméennes et mexicaines évaluent actuellement leurs options, certaines envisageant d'ajouter des escales de ravitaillement dans d'autres îles des Caraïbes pour maintenir leurs liaisons.

La source du problème : les sanctions américaines

Cette crise du carburant trouve son origine dans la réduction drastique des livraisons pétrolières imposée par l'administration du président américain Donald Trump. Cuba n'a reçu ni pétrole ni carburant depuis un mois, après l'interruption des livraisons vénézuéliennes dont l'île dépend largement pour son approvisionnement énergétique.

Les pressions américaines sur le Mexique ont également conduit à la suspension des expéditions mexicaines, évaluées entre 17 000 et 180 000 barils par jour. La production locale cubaine, qui ne couvre qu'environ 40% des besoins nationaux, s'avère totalement insuffisante pour assurer le fonctionnement normal du pays. Les experts prévoient que l'île pourrait épuiser ses réserves stratégiques d'ici la fin du mois de mars.

Mesures d'urgence et soutien international

Face à cette situation critique, le gouvernement cubain a mis en place plusieurs mesures exceptionnelles :

  • Rationnement strict du carburant pour tous les secteurs
  • Réduction de la semaine de travail à quatre jours pour les employés des entreprises publiques
  • Suspension temporaire des cours à l'Université de La Havane

Sur le plan diplomatique, le président cubain Miguel Diaz-Canel s'est déclaré ouvert à des pourparlers avec les États-Unis, à condition qu'un changement de régime ne soit pas envisagé. Parallèlement, la Chine et la Russie ont affirmé leur soutien à Cuba. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a martelé : "Nous apporterons toujours notre soutien et notre aide à Cuba dans la mesure de nos moyens".

Une crise économique et démographique profonde

Cette crise énergétique survient dans un contexte économique déjà extrêmement tendu. Le salaire mensuel moyen cubain ne dépasse pas 14 dollars, tandis qu'une douzaine d'œufs se vend 5 dollars sur le marché noir. La production de sucre, autrefois fleuron de l'économie nationale, s'est effondrée de 10 millions à seulement 150 000 tonnes.

La situation démographique est tout aussi préoccupante : le taux de natalité a plongé à 1,59 et un quart des 11 millions de Cubains ont quitté l'île ces cinq dernières années. En 2024 déjà, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour protester contre les coupures d'électricité et réclamer l'aide de l'État.

Un régime sous pression maximale

Washington chercherait "activement à provoquer un changement de régime" d'ici la fin de l'année, selon plusieurs observateurs internationaux. Cette pression maximale s'accentue depuis l'enlèvement du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier 2026, privant Cuba d'un allié stratégique essentiel.

Le pouvoir cubain, acculé par les sanctions américaines et la lassitude intérieure, fait face à l'une des crises les plus graves de son histoire récente. La question qui se pose désormais est de savoir combien de temps le régime pourra résister à cette combinaison de pressions externes et de difficultés internes croissantes. Le locataire du Palais de la Révolution ne dort certainement pas sur ses deux oreilles.