Escalade militaire au Golfe : les géants du transport maritime suspendent leurs activités
Dans un contexte de tensions croissantes entre l'Iran et Israël, deux des plus grands armateurs mondiaux, CMA CGM et Hapag-Lloyd, ont pris des mesures drastiques samedi en ordonnant la suspension immédiate de la navigation de leurs navires dans le Golfe. Cette décision intervient alors que plusieurs pays, dont les États-Unis, multiplient les appels à la prudence face au risque d'embrasement régional.
Des instructions strictes pour la sécurité des navires
« Tous les navires actuellement dans le Golfe, ou en route vers le Golfe, ont reçu instruction, avec effet immédiat, de se mettre à l'abri », a déclaré CMA CGM, le troisième armateur mondial, dans un communiqué officiel. L'entreprise française a également annoncé la suspension du passage par le canal de Suez, reliant la mer Méditerranée à la mer Rouge, jusqu'à nouvel ordre. Les navires concernés seront déroutés par le cap de Bonne-Espérance, un détour qui rallongera leur trajet de plusieurs milliers de kilomètres en contournant l'Afrique.
De son côté, l'allemand Hapag-Lloyd a gelé le transit de ses cargos par le détroit d'Ormuz, un passage stratégique pour le commerce maritime. Ces mesures font suite aux alertes lancées vendredi par d'autres armateurs, comme le danois Maersk, qui avaient prévenu leurs clients de possibles délais dans les livraisons en raison des risques militaires.
Une situation exacerbée par les frappes et représailles
Les frappes américano-israéliennes en Iran samedi, suivies de multiples représailles de Téhéran, ont encore accentué les craintes d'une escalade incontrôlable. La Force navale de l'Union européenne a rapporté que les Gardiens de la Révolution iraniens prévenaient par message radio les navires que le passage par le détroit d'Ormuz « n'était pas autorisé », bien qu'aucune décision officielle n'ait été prise à ce jour.
Ce détroit étroit, qui relie le Golfe à l'océan Indien, est crucial pour le transport maritime de pétrole, avec environ 20% de la production mondiale d'or noir y transitant chaque année. Toute perturbation dans cette zone pourrait avoir des répercussions majeures sur l'économie globale.
Appels à la vigilance et consignes de sécurité renforcées
Washington a explicitement appelé les navires commerciaux à « rester à l'écart » du Golfe en raison « d'importantes activités militaires ». Le ministère des Transports américain a publié une notice demandant à tous les navires commerciaux liés aux États-Unis de maintenir une distance de 30 milles nautiques des navires militaires américains pour réduire les risques de confusion.
La Force navale de l'UE s'est déclarée en état d'alerte maximale, exhortant l'industrie maritime à rester vigilante. Un responsable de Bimco, l'une des principales associations d'armateurs mondiaux, a averti que les navires ayant des liens commerciaux avec des intérêts américains ou israéliens sont plus susceptibles d'être ciblés.
Conséquences sur le commerce maritime et les assurances
Selon les données du site spécialisé Marine Traffic, une partie des pétroliers ont fait demi-tour ou se sont arrêtés avant de passer le détroit d'Ormuz samedi. Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management, souligne que « même un simple doute concernant la sécurité dans le détroit pousserait de nombreux navires, pour des raisons d'assurance, à rencontrer des difficultés à le traverser, car les primes augmenteraient fortement ».
Jakob Larsen, responsable de la sûreté et de la sécurité chez Bimco, anticipe une hausse importante des primes d'assurance, avec des difficultés potentielles pour les navires liés aux États-Unis ou à Israël à obtenir une couverture adéquate. Cette situation pourrait entraîner des retards significatifs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales et impacter durablement le commerce maritime international.



