Crash d'avions américains en Irak : le Pentagone contredit par une enquête
Crash en Irak : le Pentagone mis en doute

Que s'est-il passé dans le ciel irakien le 12 mars, alors que le conflit avec l'Iran était dans sa deuxième semaine ? Selon le Pentagone, deux avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker se sont percutés en plein vol ; l'un est parvenu à atterrir avec la queue très endommagée, l'autre s'est écrasé, entraînant la mort de ses six occupants. Une enquête du magazine The Atlantic met en doute cette version : selon les journalistes américains, qui se sont entretenus avec des responsables militaires parlant sous le sceau de l'anonymat, les dommages subis par les appareils pourraient avoir été le fait de tirs de milices alliées de l'Iran. Une piste qui n'arrangerait pas le narratif de Washington, lequel avait évoqué un accident "dans un ciel ami".

Les milices pro-iraniennes en Irak peu attaquées

Depuis les longues années de conflit qui ont suivi leur intervention en 2003, les États-Unis considèrent l'Irak comme un pays sécurisé et désormais allié. Le président Trump envisagerait même d'en retirer des troupes, comme il l'a récemment fait en Syrie. Les choses, sur le terrain, sont pourtant plus compliquées. Une nébuleuse de milices affidées à l'Iran y est en effet active, certaines à la solde du gouvernement – elles ont notamment été utilisées dans la lutte contre l'État islamique. Ces milices disposent d'une représentation politique sous la forme de partis, qui occupent un tiers des sièges du Parlement. Depuis le début de la guerre contre l'Iran, elles ont mené plus de 600 attaques, sous la forme de tirs de roquettes et d'attaques de drones, contre de nombreuses cibles liées aux intérêts américains : bases militaires, avions au sol, et jusqu'à l'ambassade, qui a dû être provisoirement évacuée à la mi-mars.

Revendication des milices

Peu après l'accident des deux avions américains, une coalition de milices soutenues par l'Iran, désignée sous le nom de Résistance islamique en Irak, a revendiqué l'attaque, affirmant avoir utilisé "des armes appropriées afin de défendre la souveraineté de notre pays et son espace aérien, violés par les appareils des forces d'occupation". Les milices irakiennes ont été relativement peu visées par les forces américaines depuis le début du conflit. Une hypothèse soulevée par les journalistes est que les États-Unis ne veulent pas donner l'impression d'intervenir à nouveau dans un pays supposément pacifié. Washington tente de contraindre Bagdad à reprendre la main sur ces milices, à travers différentes sanctions : suspension de l'aide à la sécurité et interruption du transfert des dollars américains provenant des recettes pétrolières irakiennes.

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Un autre tir quelques jours plus tôt ?

Les premiers éléments d'enquête de l'armée américaine indiquaient que le renseignement avait détecté des tirs venus du sol dans la zone où les appareils évoluaient. Ce rapport n'a pas été rendu public, mais son contenu a été révélé aux journalistes du magazine américain par leurs sources. Le centre de commandement américain a par la suite infirmé cette version, réfutant la possibilité de tirs venus du sol. Quelques jours avant le crash, les renseignements américains auraient également signalé qu'un avion ravitailleur avait dû éviter un missile sol-air dans la même zone que celle où l'accident s'est produit.

La mise hors d'état de nuire des proxys de Téhéran dans la région constituait l'une des justifications de la guerre contre l'Iran. "Nous allons veiller à ce que les groupes terroristes agissant pour le compte de la région ne puissent plus déstabiliser la région ou le monde ni attaquer nos forces", avait déclaré le président Donald Trump quelques heures après le déclenchement des hostilités. Un vœu pieux, pour l'heure.

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