Un cessez-le-feu imposé par Washington entre Israël et le Hezbollah
Le cessez-le-feu au Liban entre Israël et le Hezbollah est entré en vigueur ce jeudi à minuit, marquant une pause de dix jours dans les hostilités. C'est Donald Trump qui a officiellement informé le public israélien, via les réseaux sociaux, de ce développement stratégique majeur concernant la sécurité régionale : l'arrêt des combats « afin d'atteindre la paix entre les pays ».
Netanyahou face au fait accompli
Les membres du Cabinet de sécurité israélien n'ont pas été consultés et ont été mis devant le fait accompli. « Nous avons l'opportunité d'un accord de paix historique avec le Liban. Le président Trump compte m'inviter et inviter le président du Liban afin d'essayer de faire avancer cet accord », a réagi Benyamin Netanyahou dans un message vidéo.
Le Premier ministre israélien a ajouté : « Cette opportunité existe parce que, depuis la “guerre de rédemption”, nous avons fondamentalement modifié le rapport de force au Liban… À un tel point que, au cours du dernier mois, nous avons commencé à recevoir des appels du Liban pour tenir des pourparlers de paix directs entre nous. C'est quelque chose qui ne s'était pas produit depuis plus de quarante ans. »
Pressions américaines et approches libanaises
La présidence libanaise avait proposé des pourparlers à Israël dès le mois dernier, en désaccord net avec la décision du Hezbollah d'attaquer Israël le 2 mars. Ces approches, passées par la diplomatie française, étaient restées sans réponse israélienne jusqu'à l'intervention de Donald Trump.
Avant les annonces officielles, un haut responsable iranien avait déclaré qu'un cessez-le-feu d'une semaine avait été obtenu sous la pression de Téhéran. Quelques heures plus tard, des officiels israéliens se disaient « sous très lourde pression américaine » selon la chaîne israélienne 13.
L'échec d'un appel historique
Ce jeudi, la possibilité d'un appel historique entre Netanyahou et le président libanais Joseph Aoun était envisagée. Gila Gamliel, ministre israélienne, affirmait sur les ondes de la radio Galei Tsahal : « Le Premier ministre parlera pour la première fois avec le président du Liban, après des années de rupture. »
Pourtant, dans l'après-midi, la chaîne libanaise LBCI rapportait que Joseph Aoun avait informé le secrétaire d'État américain Marco Rubio qu'il refusait un échange direct avec Benyamin Netanyahou.
Deux visions contradictoires
Orna Mizrahi, chercheuse experte du Liban à l'INSS, explique : « Il semble que les États-Unis, certainement aussi les Israéliens, auraient voulu établir un lien entre une discussion directe entre les dirigeants et un cessez-le-feu. Cela, afin que l'obtention de l'arrêt des hostilités ne soit pas octroyée aux Iraniens. »
Les positions restent divergentes : les Libanais exigent un cessez-le-feu et le retrait de Tsahal, tandis qu'Israël priorise le démantèlement du Hezbollah. « Nous avons deux exigences fondamentales : le désarmement du Hezbollah et un accord de paix durable », a déclaré Netanyahou, précisant que Tsahal ne se retirerait pas de la zone tampon de sécurité.
La France exclue des négociations
Israël refuse catégoriquement d'inclure la France dans ces négociations. « Nous ne voulons certainement pas les Français impliqués, d'aucune manière, dans ces négociations », a déclaré Yechiel Leiter, ambassadeur israélien aux États-Unis. « Nous aimons tenir les Français le plus loin possible de pratiquement tout, mais particulièrement lorsqu'il s'agit de négociations de paix. »
Ce refus s'explique par plusieurs griefs : le refus français de laisser utiliser son espace aérien pour du matériel israélien destiné aux attaques en Iran, et la reconnaissance de l'État de la Palestine par la France en 205.
Un soutien français jugé insuffisant
Pourtant, Paris et Jérusalem s'accordent sur le diagnostic : l'armée libanaise est trop faible et doit être renforcée face au Hezbollah. Fin mars, la France avait remis 39 véhicules blindés aux Forces armées libanaises, une démarche jugée « insuffisante » par des experts locaux.
Orna Mizrahi insiste : « L'armée libanaise a besoin d'armes et de soldats, mais bien plus encore. Il faut pouvoir payer des salaires au moins équivalents à ceux payés par le Hezbollah. La France a un envoyé spécial, veut être impliquée, mais concrètement, en quoi a-t-elle aidé jusque-là ? »
L'analyste de Haaretz anticipe déjà : « Il est possible que, à l'avenir, les États-Unis imposent à Israël des retraits au Liban, comme ils l'ont fait l'an dernier dans la bande de Gaza. » Le cessez-le-feu de dix jours ouvre une fenêtre fragile pour des négociations dont l'issue reste incertaine.



