Burkina Faso : le régime militaire dissout officiellement tous les partis politiques
Burkina Faso : dissolution officielle des partis par la junte

Le Burkina Faso franchit une étape autoritaire avec la dissolution des partis politiques

Le régime militaire du Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a officialisé lundi 9 février la dissolution de tous les partis politiques, une mesure radicale qui marque un durcissement du pouvoir en place depuis le coup d'État de septembre 2022. Cette décision, annoncée il y a deux semaines par le gouvernement, a été adoptée par l'Assemblée législative de transition (ALT), qui sert de Parlement dans le pays.

Une justification basée sur l'unité nationale

Le gouvernement justifie cette dissolution en invoquant la nécessité de préserver l'unité nationale. Dans un communiqué, il affirme que la multiplication des partis politiques a entraîné des dérives, favorisant la division des citoyens et fragilisant le tissu social. Cette position contraste avec les appels de la communauté internationale, notamment du haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, qui avait exhorté Ouagadougou à revenir sur cette décision.

Les réactions internationales et les implications démocratiques

Volker Türk a déclaré que cette mesure n'est pas un pas dans la bonne direction pour les droits humains du peuple du Burkina Faso. Il a souligné qu'un espace civique et démocratique, permettant l'expression pluraliste, est essentiel pour une paix et une cohésion sociale durables. Malgré ces critiques, l'ALT a adopté le projet de loi abrogeant les textes régissant les partis, y compris la charte des partis politiques et les lois sur le financement électoral.

Contexte politique et historique récent

Les activités des partis politiques étaient déjà suspendues depuis le coup d'État du 30 septembre 2022, qui a porté au pouvoir le capitaine Ibrahim Traoré. Ce putsch était le deuxième en huit mois, après celui du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en janvier 2022. Sous le régime de Traoré, qui se définit comme souverainiste, anti-impérialiste et décolonial, le Burkina Faso assume ne pas être une démocratie.

En mai 2024, une charte a été adoptée, permettant à Traoré de rester au pouvoir pour cinq années supplémentaires. Cette consolidation du pouvoir s'accompagne d'une répression accrue des voix dissidentes, créant un climat politique sous tension. La dissolution des partis politiques élimine ainsi toute opposition organisée, renforçant le contrôle autoritaire du régime militaire sur le pays.