En Finlande, en Suède et en Norvège, les vestiges de la guerre froide refont surface. Alors que les tensions avec la Russie s'intensifient, ces pays scandinaves remettent en état leurs bunkers souterrains, conçus pour protéger les populations et les infrastructures en cas de conflit. Ce réseau, longtemps négligé, est aujourd'hui considéré comme un dispositif clé de la défense civile et militaire.
Un héritage de la guerre froide remis au goût du jour
Construits dans les années 1950 et 1960, ces abris antiatomiques étaient destinés à résister à une attaque nucléaire soviétique. Après la chute de l'URSS, beaucoup ont été abandonnés ou reconvertis. Mais depuis l'annexion de la Crimée en 2014 et surtout l'invasion de l'Ukraine en 2022, les gouvernements scandinaves ont accéléré leur remise en service. Selon les autorités finlandaises, environ 500 bunkers sont désormais opérationnels, capables d'accueillir jusqu'à 4,5 millions de personnes, soit près de 80 % de la population.
Un réseau impressionnant et méconnu
En Suède, le système d'abris civils compte plus de 65 000 installations, dont certaines sont secrètes. Les plus célèbres sont ceux de Stockholm, comme le bunker de Katarinaberget, creusé dans la roche, ou celui de l'île de Muskö, qui abrite une base navale entière. En Norvège, le gouvernement a réactivé des tunnels sous les montagnes pour stocker du matériel militaire et des réserves de carburant. « Ces infrastructures sont essentielles pour garantir la continuité de l'État en cas de crise », explique un porte-parole de la Défense norvégienne.
Un coût élevé mais nécessaire
La remise en état de ces bunkers représente un investissement considérable. La Finlande a alloué 200 millions d'euros à la rénovation de ses abris entre 2023 et 2026. La Suède, de son côté, a prévu 1,5 milliard de couronnes (environ 130 millions d'euros) pour moderniser ses installations. « C'est un prix à payer pour la sécurité de nos citoyens », affirme un responsable finlandais. Ces dépenses s'ajoutent aux budgets de défense, déjà en hausse dans les trois pays.
Un dispositif adapté aux menaces modernes
Les bunkers ne sont plus seulement conçus pour résister à une explosion nucléaire. Ils intègrent désormais des systèmes de filtration contre les agents chimiques et biologiques, ainsi que des équipements de communication résilients. En Suède, certains abris sont équipés de lits superposés, de cuisines et de générateurs électriques. « Nous devons être prêts à faire face à toutes les formes de conflit, y compris hybrides », souligne un expert militaire suédois.
Un regain d'intérêt populaire
Cette remise en état s'accompagne d'une prise de conscience citoyenne. Des visites guidées de bunkers sont organisées pour sensibiliser la population. En Finlande, un ancien abri antiatomique à Helsinki a été transformé en musée. « Les gens veulent savoir où se réfugier en cas d'attaque », explique un guide. Selon un sondage récent, 60 % des Suédois se disent prêts à utiliser un bunker en cas de besoin, contre 30 % il y a dix ans.
Une coopération nordique renforcée
La Finlande, la Suède et la Norvège coordonnent leurs efforts pour sécuriser la région. L'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN a facilité les échanges d'informations et la standardisation des équipements. « Nous travaillons main dans la main pour protéger l'ensemble de la Scandinavie », déclare un officier norvégien. Cette coopération inclut des exercices conjoints et le partage de données sur les menaces.
Un message adressé à la Russie
Au-delà de l'aspect pratique, la remise en état des bunkers envoie un signal clair à Moscou. « Montrer que nous sommes prêts à nous défendre est un moyen de dissuasion », estime un analyste politique finlandais. Les bunkers symbolisent la détermination des pays scandinaves à ne pas se laisser intimider. « La guerre froide est peut-être finie, mais la nécessité de se préparer reste », conclut-il.



