Dans une tribune publiée par Le Point, le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy (BHL) appelle la France à maintenir son engagement militaire et diplomatique au Sahel, région en proie à une recrudescence du terrorisme jihadiste et à une ingérence croissante de la Russie via le groupe Wagner. Il estime que le retrait français, amorcé avec la fin de l'opération Barkhane en 2022, serait une erreur stratégique aux conséquences désastreuses pour la sécurité régionale et européenne.
Un constat alarmant sur la situation sécuritaire
BHL dresse un tableau sombre de l'évolution du Sahel depuis le début du retrait français. Selon lui, les groupes jihadistes, notamment liés à Al-Qaïda et à l'État islamique, ont étendu leur emprise sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Il cite des chiffres de l'ONU indiquant une augmentation de 50 % des attaques terroristes dans la région entre 2021 et 2023. « Le vide laissé par la France a été immédiatement comblé par les mercenaires de Wagner, qui ne combattent pas le terrorisme mais protègent les régimes putschistes et exploitent les ressources naturelles », écrit-il.
Un appel à une nouvelle stratégie française
Le philosophe ne prône pas un simple retour au statu quo ante, mais une refonte de la présence française. Il propose de renforcer la coopération avec les pays côtiers comme le Bénin, le Togo et la Côte d'Ivoire, et de soutenir les forces locales via des formations et du renseignement. « La France doit agir en partenaire, pas en gendarme », insiste-t-il. Il appelle également à une coordination accrue avec les alliés européens, notamment dans le cadre de la force Takuba, aujourd'hui en sommeil.
La dimension géopolitique et les risques
BHL met en garde contre les conséquences d'un abandon complet du Sahel. Il rappelle que la région est un corridor pour les migrations, le trafic de drogue et d'armes, et que son instabilité menace directement l'Europe. « Si nous laissons le champ libre à la Russie et aux jihadistes, c'est toute l'Afrique de l'Ouest qui basculera », prévient-il. Il cite l'exemple du Mozambique, où l'intervention du Rwanda a permis de reprendre le contrôle de zones gazifères menacées par l'État islamique, pour souligner que la détermination militaire peut encore inverser la tendance.
Une réponse aux critiques sur le néocolonialisme
Conscient des accusations de néocolonialisme qui pourraient lui être adressées, BHL répond que la France doit agir avec humilité et respect des souverainetés. Il plaide pour une approche fondée sur le multilatéralisme et l'aide au développement, tout en maintenant une capacité d'intervention rapide. « Il ne s'agit pas de dicter leur conduite aux pays sahéliens, mais de les aider à se défendre contre des ennemis communs », explique-t-il. Il souligne que les populations locales, dans les zones rurales, sont les premières victimes du jihadisme et réclament souvent une protection internationale.
Un plaidoyer pour une action urgente
En conclusion, Bernard-Henri Lévy lance un appel solennel au président Emmanuel Macron et au gouvernement français : « Ne commettez pas l'erreur de croire que le Sahel est perdu. Il est encore temps d'agir, mais le temps presse. » Il estime que la France, forte de son histoire et de ses liens avec l'Afrique, doit rester un acteur clé de la sécurité régionale, sous peine de voir s'effondrer tout l'édifice de la lutte antiterroriste au Sahel. Selon lui, le retrait français serait une victoire pour les jihadistes et pour la Russie, et un désastre pour les populations sahéliennes.



