Le chef islamiste bangladais reconnaît la défaite et salue la démocratie
La contestation post-électorale au Bangladesh a été de courte durée. Shafiqur Rahman, le leader du parti islamiste Jamaat-e-Islami, a finalement reconnu, samedi 14 février, la victoire écrasante du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) aux élections législatives. Cette annonce survient après qu'il eut dénoncé, la veille, des manipulations et des irrégularités dans le décompte des voix.
Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, Shafiqur Rahman a déclaré : « Nous reconnaissons les résultats, et nous respectons l'État de droit. » Cette volte-face marque un tournant significatif dans le paysage politique bangladais, où les tensions étaient vives après le scrutin.
Un scrutin historique après la révolution de la génération Z
Vendredi, la commission électorale avait proclamé le BNP largement gagnant, avec 212 sièges sur 300 au Parlement, contre seulement 77 pour la coalition dirigée par le Jamaat-e-Islami. Ces élections sont les premières organisées depuis l'insurrection des jeunes de la génération Z en 2024, qui a mis fin au règne de quinze ans de l'ancienne première ministre Sheikh Hasina.
Le chef des observateurs de l'Union européenne, Ivars Ijabs, a estimé que le scrutin avait été « crédible » et « géré de façon compétente », renforçant la légitimité du processus démocratique.
De la dénonciation à la conciliation
Initialement, Shafiqur Rahman avait vivement critiqué les résultats, annonçant son intention de saisir la commission électorale pour corriger ce qu'il qualifiait de privation de droits dans des centaines de circonscriptions. Cependant, quelques heures plus tard, il a adopté un ton bien plus conciliant dans une déclaration nocturne.
Il a promis : « Nous serons une opposition vigilante, respectueuse des principes et pacifique et tiendrons le gouvernement responsable de ses actes, tout en contribuant de façon constructive au progrès national. » Il a également remercié ses électeurs, soulignant que leurs efforts n'avaient pas été vains, avec 77 sièges qui ont presque quadruplé la force parlementaire de son parti.
Les ambitions et les défis des nouveaux dirigeants
Âgé de 67 ans, Shafiqur Rahman, qui a connu l'emprisonnement sous le régime de Sheikh Hasina, aspirait à devenir le premier dirigeant islamiste de l'histoire du Bangladesh, un pays à 90 % musulman. De son côté, Tarique Rahman, 60 ans, héritier d'une dynastie politique et très probable futur premier ministre, a mené la campagne du BNP après son retour de dix-sept ans d'exil au Royaume-Uni.
Tarique Rahman, qui n'a pas encore pris la parole publiquement depuis sa victoire, avait précédemment reconnu dans un entretien à l'Agence France-Presse que la reconstruction du pays, qu'il a décrit comme « détruit » par Sheikh Hasina, serait une tâche colossale. Il a souligné l'importance de créer des entreprises pour lutter contre le chômage des jeunes.
Cette transition politique marque un tournant vers la démocratie après des années d'autoritarisme, avec des acteurs clés s'engageant dans un dialogue constructif pour l'avenir du Bangladesh.



