Le tribunal régional de Vienne a condamné, ce mercredi 6 juillet, deux anciens membres des services de renseignement syriens à huit ans de prison pour crimes contre l'humanité. Il s'agit d'une décision historique, car c'est la première fois qu'un tribunal européen juge des responsables syriens pour actes de torture commis dans le cadre du conflit syrien.
Des actes de torture systématiques
Les deux accusés, identifiés comme Anwar R. et Samir S., étaient membres de la Direction des renseignements généraux syriens. Ils ont été reconnus coupables d'avoir participé à des actes de torture systématique contre des opposants au régime de Bachar al-Assad entre 2011 et 2012. Selon l'acte d'accusation, ils ont infligé des sévices physiques et psychologiques à des détenus dans des centres de détention à Damas.
Le verdict a été rendu sur la base du principe de compétence universelle, qui permet à un pays de juger des auteurs de crimes graves, même si les faits ont été commis à l'étranger. L'Autriche a ainsi pu poursuivre ces deux hommes, qui avaient obtenu l'asile dans le pays.
Un procès emblématique
Ce procès est considéré comme une avancée majeure pour la justice internationale. "C'est un signal fort envoyé aux auteurs de crimes de guerre : ils ne peuvent pas échapper à la justice en se réfugiant en Europe", a déclaré l'avocat des parties civiles, Me Michaela Schmidt. Les deux condamnés ont été arrêtés en 2019 après une enquête conjointe des autorités autrichiennes et de l'organisation non gouvernementale Syrian Archive.
Les preuves présentées au tribunal comprenaient des témoignages de victimes, des documents internes des services de renseignement et des photographies des centres de détention. Les accusés ont nié les faits, affirmant qu'ils n'étaient que de simples fonctionnaires obéissant aux ordres.
Une condamnation saluée par les ONG
Les organisations de défense des droits de l'homme ont salué la décision. Human Rights Watch a estimé que "ce verdict montre que la justice peut être rendue, même des années après les faits et à des milliers de kilomètres du lieu des crimes". Amnesty International a également souligné l'importance de ce procès pour les victimes syriennes, qui attendent depuis longtemps que les responsables répondent de leurs actes.
Selon les Nations unies, plus de 100 000 personnes sont mortes sous la torture dans les prisons syriennes depuis le début de la guerre en 2011. Ce jugement pourrait encourager d'autres pays européens à poursuivre des auteurs présumés de crimes de guerre syriens sur leur sol.



