Liban 1976 : les soldats perdus de l'extrême droite française
1976 : les soldats perdus de l'extrême droite française au Liban

En 1976, au plus fort de la guerre civile libanaise, une trentaine de militants d'extrême droite français ont combattu aux côtés des phalanges chrétiennes. Cette histoire méconnue révèle les liens entre l'extrême droite française et les milices libanaises, dans un contexte de guerre froide et de tensions au Proche-Orient.

Une aventure oubliée

Selon l'historien Nicolas Lebourg, spécialiste de l'extrême droite, ces hommes, âgés de 20 à 30 ans, étaient pour la plupart membres du Groupe d'action jeunesse (GAJ) ou du Front national. Ils ont été recrutés par des intermédiaires proches des phalanges, milice chrétienne maronite dirigée par Pierre Gemayel. Leur motivation ? Un mélange d'anticommunisme, de soutien à la cause chrétienne orientale et d'attrait pour l'aventure militaire.

Le voyage s'effectuait via Paris-Beyrouth, souvent avec de faux passeports. Une fois sur place, ils étaient intégrés à des unités combattantes, principalement dans la région de Beyrouth-Est. L'un d'eux, Jean-Yves, raconte : "Nous étions considérés comme des héros par les phalangistes, mais nous étions aussi des pions dans un jeu géopolitique."

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Un engagement risqué

Les combats étaient violents. Au moins trois Français ont trouvé la mort, dont un certain Patrick, tué lors d'une embuscade tendue par des miliciens palestiniens. D'autres ont été blessés ou traumatisés à vie. Le gouvernement français, officiellement neutre, fermait les yeux sur ces départs, mais certains services de renseignement ont suivi l'affaire de près.

Selon une source proche des archives du ministère des Affaires étrangères, une note de 1977 évoque "une vingtaine de ressortissants français ayant combattu au Liban, sans que l'ambassade puisse intervenir". Cette note souligne l'embarras des autorités face à ces "mercenaires idéologiques".

Un héritage durable

Cette aventure a marqué les esprits dans les milieux d'extrême droite. Certains de ces vétérans ont ensuite joué un rôle dans des organisations comme le Parti des forces nouvelles ou le Renouveau français. Pour l'historien Nicolas Lebourg, "cette expérience a contribué à structurer une mémoire de guerre et un sentiment de fraternité d'armes, qui a nourri l'imaginaire de l'extrême droite radicale".

Aujourd'hui encore, des commémorations discrètes ont lieu dans certains cercles, perpétuant le souvenir de ces "soldats perdus". Le Liban, quant à lui, reste marqué par ces interventions étrangères, qui ont contribué à la complexité de sa guerre civile.

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