Trump riposte à la Cour suprême avec une hausse des tarifs douaniers
Le président américain Donald Trump a annoncé samedi 21 février 2026 une augmentation immédiate de ses droits de douane mondiaux, les faisant passer de 10% à 15%. Cette décision intervient moins de 24 heures après que la Cour suprême des États-Unis a infligé un revers majeur à sa politique commerciale agressive en jugeant illégale une grande partie de ses mesures tarifaires précédentes.
Une réponse immédiate à la censure judiciaire
Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump a justifié cette augmentation par un « examen approfondi » de la décision de la plus haute cour américaine rendue vendredi 20 février. Le président américain a qualifié cette décision judiciaire de « ridicule » et « extraordinairement antiaméricaine », tout en affirmant agir dans le cadre légal.
Le décret présidentiel s'appuie spécifiquement sur la section 122 du Trade Act, une loi qui permet au président d'imposer des droits de douane jusqu'à 15% pour faire face à une situation d'urgence liée au déficit de la balance des paiements. Cette mesure est temporaire, limitée à 150 jours, mais renouvelable par un vote du Congrès américain.
Entrée en vigueur et application
Le nouveau taux de 15% doit entrer en vigueur le 24 février 2026 et s'appliquera aux pays ou blocs ayant signé des accords commerciaux avec Washington. Parmi les principales économies concernées figurent :
- L'Union européenne
- Le Japon
- La Corée du Sud
- Taïwan
Certaines exemptions sont prévues, notamment pour l'industrie pharmaceutique et les biens entrant aux États-Unis dans le cadre de l'accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM). Les produits canadiens et mexicains importés dans le cadre de ce traité de libre-échange ne seront pas soumis à cette augmentation.
Réactions internationales et appel à l'unité européenne
Face à cette annonce, la France a immédiatement réagi en appelant à une « approche unie de l'Union européenne ». Le Quai d'Orsay a déclaré avoir « pris acte de la décision de la Cour suprême » et être « en contact étroit avec la Commission et les États membres pour procéder à son analyse et évaluer ses conséquences ».
Le ministre délégué au commerce extérieur, Nicolas Forissier, a précisé dans un message à l'AFP qu'« une approche unie de l'Union européenne sera nécessaire » pour répondre à Donald Trump. Il s'est également dit favorable à des mesures de rétorsion de l'UE dans le Financial Times.
Position allemande et consultations européennes
Le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé vouloir mener des discussions avec les alliés européens pour trouver une réponse commune avant sa rencontre prévue avec Donald Trump à Washington dans un peu plus d'une semaine. « Nous aurons une position européenne très claire à ce sujet, car la politique douanière relève de l'Union européenne, et non des États membres de façon individuelle », a déclaré M. Merz à la chaîne ARD.
Malgré la nouvelle annonce de Trump, le chancelier allemand a exprimé un certain optimisme, saluant un « élément rassurant » dans la décision de la Cour suprême : « la séparation des pouvoirs aux États-Unis semble encore fonctionner ».
Contexte politique et économique
Cette escalade tarifaire intervient dans un contexte politique tendu pour Donald Trump, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre 2026. La décision de la Cour suprême du 20 février marque la première fois que la plus haute juridiction américaine invalide définitivement une mesure prise par Trump durant son second mandat.
Les droits de douane collectés par les autorités américaines et visés par la décision de la Cour suprême avaient dépassé 130 milliards de dollars en 2025, selon des analystes. La décision judiciaire ouvre la voie à de possibles remboursements des surtaxes déjà payées par les entreprises, une question qui, selon Trump, « occupera les tribunaux pendant des années ».
Réactions américaines et divisions politiques
Au sein du Parti républicain, les réactions sont mitigées. Certains élus comme le sénateur Rand Paul ont salué la décision de la Cour suprême, affirmant que « le pouvoir d'imposer des droits de douane relève très clairement du pouvoir de lever l'impôt ». Les démocrates, quant à eux, ont présenté la décision comme un désaveu de l'« excès de pouvoir » de l'exécutif.
Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déclaré : « Il a voulu gouverner par décret et a fait payer les familles. Assez de chaos. Mettons fin à la guerre commerciale. »
Perspectives internationales
D'autres partenaires commerciaux des États-Unis adoptent une attitude prudente. Le Mexique, qui destine plus de 80% de ses exportations au marché américain, a déclaré vouloir « prendre le temps d'analyser les éventuels impacts » de la nouvelle taxe. Le ministre de l'Économie Marcelo Ebrard a souligné que la situation de son pays était différente de celle des autres nations visées par les droits de douane « réciproques » invalidés par la Cour suprême.
Emmanuel Macron, interrogé samedi lors de l'inauguration du Salon de l'agriculture, a déclaré : « Ça semble pas mal d'avoir des Cours suprêmes et un État de droit. Elle a regardé la Constitution, elle dit ce n'est pas conforme à la Constitution. C'est bien d'avoir des pouvoirs et des contre-pouvoirs dans des démocraties. »
Le président français a ajouté que la France et ses partenaires allaient « regarder exactement les conséquences, ce qui peut être fait et on va s'adapter », tout en rappelant l'objectif de « continuer à exporter nos produits » avec « les règles les plus loyales qui soient ».



