Le Luxembourg s'est imposé comme une porte d'entrée financière incontournable pour la Chine dans l'Union européenne, selon l'enquête OpenLux publiée par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ). Des milliards d'euros en provenance de Chine transitent par des sociétés écrans et des fonds d'investissement luxembourgeois, souvent dans une opacité totale.
Un système de sociétés écrans sophistiqué
L'enquête révèle que plus de 200 sociétés luxembourgeoises sont liées à des intérêts chinois, gérant des actifs estimés à 150 milliards d'euros. Ces structures permettent aux entreprises chinoises de contourner les réglementations nationales sur les sorties de capitaux et de bénéficier du régime fiscal avantageux du Grand-Duché. « Le Luxembourg offre une discrétion et une flexibilité juridique inégalées en Europe », explique un expert financier cité dans l'enquête.
Des investissements dans des secteurs stratégiques
Les capitaux chinois transitant par le Luxembourg sont notamment investis dans les infrastructures, les technologies et l'énergie en Europe. Par exemple, le groupe chinois China Three Gorges a utilisé une holding luxembourgeoise pour acquérir des parcs éoliens en Allemagne et au Portugal. Selon les données d'OpenLux, ces investissements ont augmenté de 40 % entre 2020 et 2025.
Un manque de transparence pointé du doigt
Les critères de transparence du Luxembourg sont jugés insuffisants par les ONG. « Les bénéficiaires effectifs de nombreuses sociétés restent inconnus, ce qui facilite le blanchiment d'argent et l'évasion fiscale », dénonce un rapport de Transparency International. L'enquête montre que 60 % des sociétés luxembourgeoises liées à la Chine n'ont pas déclaré leurs bénéficiaires effectifs, en violation des règles européennes.
Des réactions politiques mitigées
La Commission européenne a annoncé vouloir renforcer la directive anti-blanchiment, mais les mesures concrètes tardent. Le gouvernement luxembourgeois défend son système, affirmant qu'il respecte les normes internationales. « Le Luxembourg n'est pas un paradis fiscal, mais un centre financier responsable », a déclaré un porte-parole du ministère des Finances. Cependant, les critiques estiment que le pays doit faire davantage pour lutter contre les flux financiers opaques.



