Fermeture du détroit d'Ormuz : un séisme pour le commerce mondial des matières premières
Détroit d'Ormuz fermé : crise majeure pour le commerce mondial

Un goulot d'étranglement stratégique paralysé

La fermeture brutale du détroit d'Ormuz, déclenchée par l'escalade du conflit ouvert entre Israël, les États-Unis et l'Iran le 28 février, provoque des effets en cascade dévastateurs sur les échanges commerciaux internationaux. Ce passage maritime crucial, qui sépare les côtes iraniennes au nord des côtes omanaises au sud, voit actuellement des centaines de navires immobilisés dans l'attente d'une réouverture. Chaque mois, ce sont approximativement 3 000 bateaux qui empruntent normalement cette artère vitale pour le transport des matières premières depuis et vers le Golfe persique.

Les hydrocarbures en première ligne

Les hostilités récentes, marquées par des frappes iraniennes sur les monarchies pétrolières de la région, perturbent prioritairement les exportations de pétrole et de gaz. Plusieurs installations liées aux hydrocarbures ont été directement touchées par des drones et des missiles. Les gigantesques ports de Jebel Ali à Dubaï (Émirats arabes unis) et de Ras Tanura en Arabie saoudite sont paralysés, créant une congestion sans précédent. Ruben Nizard, responsable de recherche sectorielle chez Coface, alerte : "Un conflit prolongé aurait un impact macroéconomique majeur, dépassant largement la seule question des prix de l'énergie."

La crise des engrais menace l'agriculture mondiale

Parmi les secteurs les plus durement touchés figure l'industrie des engrais. Selon l'étude de Coface, 33,1% des flux maritimes mondiaux d'engrais transitaient par le détroit d'Ormuz l'an dernier. The Fertilizer Institute, lobby américain, précise que près de 50% des exportations mondiales d'urée proviennent de pays situés à l'ouest du détroit. Les engrais azotés (à base de gaz) et phosphatés sont particulièrement concernés.

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L'Arabie saoudite, devenue le 6ᵉ producteur mondial, voit sa montée en puissance compromise. Si l'Europe, peu dépendante des engrais du Golfe, sera marginalement affectée, les principaux clients comme l'Inde, le Brésil, l'Australie et les États-Unis devront se reporter vers d'autres marchés. Cette réduction temporaire de l'offre devrait provoquer une hausse significative des prix, surtout pour les engrais azotés dont le coût de production augmente avec celui du gaz.

Métaux et aluminium sous tension

Le secteur métallurgique subit également de plein fouet ce blocus. La région du Golfe, qui produit 8% de l'aluminium mondial (avec des acteurs majeurs au Qatar, en Arabie saoudite, aux Émirats et à Bahreïn), dépend pourtant d'importations de bauxite et d'alumine transitant par le détroit. Les usines locales ne disposent que de quelques semaines de stocks de ces matières premières essentielles.

Ewa Manthey, analyste chez ING, souligne : "L'escalade du conflit accroît principalement les risques de hausse des primes physiques de l'aluminium." La Chine, qui exporte 16% de son acier vers le Golfe, voit déjà plusieurs fournisseurs reporter leurs ventes. Les alternatives terrestres via les ports omanais encore ouverts entraînent des surcoûts prohibitifs.

L'industrie pétrochimique à l'arrêt

Le commerce des produits plastiques est paralysé. L'Arabie saoudite et l'Iran, exportant respectivement 10,5 et 5 millions de tonnes de polyéthylène annuellement, représentent 15% de la capacité mondiale. Or, une grande partie de cette production quittait justement le port de Jebel Ali, aujourd'hui inactif. Les envois de polymères et polypropylène connaissent un ralentissement dramatique.

La Chine, qui importait d'importantes quantités de méthanol (32% transitant par le détroit) pour son industrie, fait face à des ruptures d'approvisionnement critiques. La hausse générale du prix du baril de pétrole vient encore aggraver la situation, promettant une augmentation généralisée des coûts des matériaux plastiques.

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Au total, selon le rapport Coface, 24,4% des minéraux mondiaux transitaient par ce passage maritime l'an dernier. La fermeture du détroit d'Ormuz n'est pas qu'une crise régionale : c'est un séisme aux répliques mondiales pour l'ensemble des chaînes d'approvisionnement en matières premières.