Lors d'une intervention remarquée au prestigieux Forum économique mondial de Davos, l'ancien premier ministre canadien Mark Carney a lancé un appel fort pour la création d'une "coalition des volontaires". Cette alliance regrouperait spécifiquement les puissances moyennes de la planète, constituant selon lui l'unique réponse viable face à l'hégémonie grandissante des superpuissances mondiales.
Une réponse stratégique à la domination des géants
Dans son discours, Carney a développé une vision où cette coalition agirait comme un contrepoids nécessaire. Il a identifié plusieurs domaines critiques où ces alliances à géométrie variable devraient être construites en dehors du cadre traditionnel dominé par les grandes puissances. Parmi ces secteurs stratégiques figurent la défense, l'énergie, l'alimentation, les matériaux critiques, les finances et les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Inspiration ukrainienne et application commerciale
Le concept s'inspire directement de la coalition de volontaires qui s'est mobilisée pour soutenir l'Ukraine face à l'agression russe, démontrant selon Carney l'efficacité de ce modèle de coopération internationale. Il a particulièrement insisté sur l'application de ce principe au commerce international, proposant la formation d'une coalition regroupant toutes les nations attachées au respect d'un socle minimal de règles internationales.
Cette initiative viserait à remédier à la crise actuelle du multilatéralisme commercial, caractérisée par le positionnement délibéré de deux acteurs majeurs en dehors de tout cadre commun. Les États-Unis agissent de jure en rejetant ouvertement certaines règles, tandis que la Chine adopte une position de facto similaire, créant ainsi un vide réglementaire préoccupant.
La crise de l'OMC et l'arme douanière
Carney a rappelé que les États-Unis manifestaient depuis longtemps leur hostilité envers les règles établies par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le blocage persistant du mécanisme de règlement des différends, pourtant essentiel à la gouvernance du commerce international, illustre cette défiance. La situation s'est considérablement aggravée depuis ce que certains appellent le "jour de la libération", marqué par une utilisation intensive de l'arme douanière.
La majorité des économistes s'accordent à considérer ces mesures tarifaires comme totalement contreproductives. Leurs analyses suggèrent que ces politiques pénalisent davantage l'économie américaine que celles de ses concurrents directs. Pourtant, l'administration Trump semble avoir abandonné toute justification économique rationnelle, utilisant désormais ces outils dans une logique purement coercitive.
Des menaces commerciales à géographie variable
Cette approche coercitive s'est manifestée par des menaces explicites envers divers pays. Le Canada lui-même s'est vu menacer de droits de douane pouvant atteindre 100% s'il osait conclure un accord commercial avec la Chine. Des pressions similaires ont été exercées contre les nations s'opposant à la politique américaine concernant le Groenland ou à la proposition de création d'un "conseil de la paix".
Face à cette réalité, la proposition de Carney apparaît comme une tentative de redéfinir les équilibres géopolitiques. En fédérant les puissances moyennes autour d'intérêts communs et de principes partagés, cette coalition des volontaires pourrait constituer une troisième voie entre l'hégémonie des superpuissances et l'isolement nationaliste.
Le discours de Davos a ainsi posé les bases d'un débat crucial sur l'avenir de la gouvernance mondiale, où les alliances flexibles et volontaires pourraient devenir la nouvelle norme face aux défis commerciaux, sécuritaires et environnementaux du XXIe siècle.



