Il y a trente ans, le 21 mai 1996, l'annonce de l'assassinat des sept moines de Notre-Dame de l'Atlas, en 1996, avait horrifié le monde. Il reste l'une des pages les plus mystérieuses de la guerre civile algérienne. En août 2010, la veille de la sortie du film de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux » (2010), Florence Aubenas avait reconstitué le destin de ces héros si humbles qui, au temps des assassins, choisirent de rester jusqu'au bout au côté des « écrasés de la vie ». Nous republions aujourd'hui cette enquête.
Une nuit sans peur
C'est une nuit calme, ou plutôt une nuit sans peur, ce qui est encore moins fréquent. Cela fait au moins deux mois que la région de Médéa n'a pas vu d'attentats, de têtes coupées dans les rues, d'arrestations, de tortures, de groupes armés ou de forces de sécurité. Rien, juste le printemps de cette année 1996. Tout paraît si normal, en somme, ce 26 mars, qu'une rencontre a été organisée au monastère trappiste de Tibéhirine, et sept Pères blancs, quelques nonnes, un prêtre de Fès ont fait la route jusque-là, ce qui n'était pas arrivé depuis des années. « On dirait des vacances », a même plaisanté une sœur.
Un monastère isolé
Sur une carte, Tibéhirine paraît tout près, à 5 kilomètres de Médéa et deux petites heures en voiture d'Alger. En réalité, depuis le début de la décennie sanglante en Algérie, les moines de Notre-Dame de l'Atlas sont comme suspendus au bout du monde. Au bord de l'Atlas, le monastère est le dernier poste avant l'immensité des montagnes. Les moines vivaient en harmonie avec la population locale, partageant leur quotidien et offrant des soins médicaux. Mais la guerre civile algérienne, qui opposait le gouvernement aux groupes islamistes armés, les a placés dans une position délicate.
Le choix de rester
Malgré les menaces, les moines ont choisi de rester. Leur décision était motivée par leur foi et leur attachement à la communauté locale. Ils savaient que leur départ pourrait mettre en danger les villageois qu'ils protégeaient. Le 26 mars 1996, dans la nuit, un groupe armé a enlevé sept moines. Leurs corps ont été retrouvés le 21 mai 1996, décapités. Les circonstances exactes de leur mort restent floues, et l'enquête n'a jamais été totalement élucidée.
Un héritage spirituel
L'histoire des moines de Tibéhirine a inspiré le film « Des hommes et des dieux », qui a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes en 2010. Leur sacrifice est devenu un symbole de paix et de résistance non-violente face à l'extrémisme. Aujourd'hui encore, leur mémoire est honorée en Algérie et dans le monde. Le monastère de Tibéhirine est devenu un lieu de pèlerinage pour ceux qui cherchent à comprendre le sens de leur engagement.
Cet article est une republication de l'enquête de Florence Aubenas, initialement publiée en août 2010. Il rend hommage à ces hommes qui, dans l'ombre, ont choisi la voie de l'amour et du service jusqu'au bout.



