Fin des subventions en Syrie : la paupérisation s'accélère
Syrie : la fin des subventions aggrave la pauvreté

En Syrie, la fin progressive des subventions sur les produits de base et la libéralisation de l'économie, engagées par le gouvernement de Bachar Al-Assad, accentuent la paupérisation d'une société déjà éprouvée par plus d'une décennie de guerre. Selon des témoignages recueillis à Damas et dans d'autres villes, les prix des denrées alimentaires, du carburant et de l'électricité ont bondi, rendant la vie quotidienne insoutenable pour des millions de Syriens.

Une explosion des prix sans filet de sécurité

Depuis le début de l'année 2025, le gouvernement syrien a réduit de moitié les subventions sur le pain, le gaz domestique et le pétrole, dans le cadre d'un plan de réformes économiques dicté par la pénurie de devises et la pression des partenaires régionaux. Le prix du pain subventionné est passé de 50 livres syriennes à 500 livres, tandis que celui du gazole a triplé. "Avant, avec 10 000 livres, je pouvais nourrir ma famille pendant une semaine. Aujourd'hui, cela suffit à peine pour deux jours", témoigne Oum Ahmad, mère de quatre enfants à Alep.

Les salaires, eux, n'ont pas suivi. Le salaire moyen dans le secteur public stagne autour de 150 000 livres syriennes par mois, soit l'équivalent de 15 dollars au taux du marché noir. "Il n'y a pas de stratégie, c'est le chaos", déplore un économiste syrien sous couvert d'anonymat, cité par l'AFP. "Le gouvernement libéralise sans créer de filet de sécurité sociale, ce qui pousse des pans entiers de la population vers l'extrême pauvreté."

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Une économie de guerre qui persiste

La guerre civile, qui a éclaté en 2011, a détruit une grande partie des infrastructures productives. Selon la Banque mondiale, le PIB syrien a chuté de plus de 60 % entre 2010 et 2023. La livre syrienne a perdu 99 % de sa valeur depuis 2011, passant de 50 livres pour un dollar à plus de 10 000 livres aujourd'hui sur le marché parallèle. L'inflation annuelle dépasse les 100 %, rendant les réformes économiques particulièrement douloureuses.

La libéralisation s'accompagne d'une ouverture aux investissements étrangers, notamment des pays du Golfe et de la Russie, mais ceux-ci se concentrent dans les secteurs de l'immobilier de luxe et des télécommunications, sans bénéfice pour la majorité de la population. "Les nouvelles zones franches et les projets de reconstruction profitent surtout aux proches du régime et aux entreprises étrangères", explique un chercheur de l'Institut syrien d'études économiques.

La société syrienne à bout de souffle

La paupérisation touche toutes les couches de la société, y compris la classe moyenne urbaine, qui constituait autrefois le socle du régime. Les enseignants, les fonctionnaires et les petits commerçants voient leur pouvoir d'achat s'effondrer. "Je suis médecin, mais je gagne moins qu'un vendeur de rue en Égypte", confie un praticien de Damas. Selon l'ONU, plus de 90 % de la population syrienne vit sous le seuil de pauvreté, contre 30 % avant le conflit.

La fin des subventions a également un impact sur la santé et l'éducation. Les hôpitaux publics manquent de médicaments, et les écoles peinent à retenir leurs enseignants, qui migrent vers le secteur informel ou l'étranger. "Nous assistons à un effondrement social silencieux", alerte un responsable d'une ONG internationale basée à Gaziantep, en Turquie.

Un avenir incertain

Face à la crise, le gouvernement syrien justifie ces réformes par la nécessité de réduire le déficit budgétaire et de répondre aux conditions des bailleurs de fonds internationaux, notamment les Émirats arabes unis et la Russie. Mais les analystes estiment que ces mesures, sans accompagnement social, risquent de déstabiliser davantage le pays. "Quand les gens n'ont plus rien à perdre, la colère peut exploser", prévient un diplomate occidental en poste à Beyrouth.

La population syrienne, déjà meurtrie par les violences, les déplacements et les sanctions internationales, voit ses conditions de vie se dégrader encore un peu plus chaque jour. "Nous survivons, mais nous ne vivons plus", résume Oum Ahmad, avant de retourner chercher du pain pour ses enfants.

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