Au cœur de Paris, le restaurant Sababa incarne un pari audacieux : réunir autour de la table des chefs palestiniens et israéliens pour cuisiner ensemble et, espèrent-ils, contribuer à apaiser les tensions. Ouvert depuis juin 2024, cet établissement du 11e arrondissement propose une cuisine fusion qui mêle les traditions culinaires des deux côtés du mur.
Un concept né de l'amitié
L'idée du Sababa est née de la rencontre entre deux amis, le chef israélien Yotam Ottolenghi et le chef palestinien Sami Tamimi, qui travaillent ensemble depuis des années à Londres. « Nous voulions montrer que la nourriture peut être un pont entre les cultures », explique Tamimi. Leur projet a été soutenu par l'association « Cuisines sans frontières », qui milite pour le dialogue intercommunautaire.
Une carte qui raconte une histoire
La carte du Sababa est un voyage gustatif : on y trouve des plats comme le « hummus de Jérusalem », préparé selon une recette transmise par la grand-mère palestinienne de Tamimi, ou encore le « shakshuka israélien revisité ». Les ingrédients sont majoritairement issus de l'agriculture biologique et proviennent de producteurs locaux en France, mais aussi de quelques fournisseurs palestiniens et israéliens. « Chaque assiette raconte une histoire de partage », souligne le chef israélien Eyal Shani, également associé au projet.
Un impact au-delà de l'assiette
Le Sababa ne se contente pas de servir des repas. Il organise régulièrement des ateliers culinaires et des débats sur la paix au Proche-Orient. Selon un sondage interne réalisé auprès des clients, 78 % des convives estiment que l'expérience a changé leur perception du conflit. « C'est un petit pas, mais essentiel », commente le cofondateur de l'association, David Benichou. « On ne résoudra pas le conflit israélo-palestinien avec des plats, mais on peut créer des espaces de dialogue. »
Des défis quotidiens
Malgré l'enthousiasme, le restaurant fait face à des critiques. Certains militants propalestiniens accusent le Sababa de « normaliser l'occupation », tandis que des voix israéliennes y voient une « trahison ». « Nous recevons des messages haineux chaque semaine », confie le gérant, Ariel Cohen. « Mais nous restons déterminés. » Le restaurant affiche complet presque tous les soirs, avec une clientèle cosmopolite, mêlant Parisiens et touristes.
Un modèle reproductible ?
Les fondateurs espèrent essaimer leur concept dans d'autres villes, comme New York ou Berlin. « Si ça marche à Paris, pourquoi pas ailleurs ? », s'interroge Ottolenghi. En attendant, le Sababa continue de prouver que la cuisine peut être un vecteur de paix, même dans un contexte géopolitique tendu.



