Raphaël Glucksmann, figure de la gauche française et eurodéputé, a forgé sa conscience politique bien avant ses mandats. C'est en Géorgie, pays du Caucase où il a passé une partie de son enfance, qu'il a été marqué par les convulsions de l'histoire. Son père, le philosophe André Glucksmann, y avait des attaches familiales, et la famille s'y est installée au début des années 1990.
Un témoin direct de l'effondrement soviétique
Arrivé à Tbilissi à l'âge de 10 ans, le jeune Raphaël a vécu de près la dislocation de l'URSS. Il raconte avoir assisté à des manifestations pro-indépendance, puis à des affrontements armés dans les rues. « Je me souviens des chars russes qui patrouillaient, des coupures d'électricité et de cette atmosphère de fin d'un monde », confie-t-il. Cette expérience précoce de la violence politique et de l'effondrement des régimes a façonné son rejet des totalitarismes et son attachement à la démocratie.
La guerre civile géorgienne comme laboratoire
Entre 1991 et 1993, la Géorgie a sombré dans une guerre civile meurtrière qui a fait plusieurs milliers de morts. La famille Glucksmann, bien que française, n'a pas été épargnée par les difficultés. Ils ont dû se réfugier à plusieurs reprises dans des caves lors des bombardements. « On voyait la mort en face, ce n'était pas abstrait », se souvient-il. Cette période a ancré en lui une sensibilité aux conflits oubliés et aux peuples opprimés, thèmes qu'il porte aujourd'hui au Parlement européen.
Un héritage intellectuel et politique
Son père, André Glucksmann, était un philosophe engagé, anticommuniste et défenseur des droits de l'homme. Raphaël Glucksmann a hérité de cette fibre militante, mais il s'en est aussi émancipé. « Mon père m'a appris à penser par moi-même, à ne jamais suivre une idéologie aveuglément », explique-t-il. La Géorgie lui a offert un terrain d'observation unique pour comprendre les mécanismes du pouvoir et de la résistance citoyenne.
Un engagement européen nourri par cette expérience
Aujourd'hui, en tant que député européen, il milite pour une Europe plus protectrice et solidaire, capable de faire face aux menaces autoritaires. Il cite souvent la Géorgie comme exemple des dangers de l'ingérence russe et de la fragilité des démocraties naissantes. « L'Europe doit soutenir ces pays qui luttent pour leur souveraineté, car c'est aussi notre combat », affirme-t-il. Son parcours atypique lui confère une légitimité particulière pour aborder les questions de sécurité et de défense.
Un regard critique sur la politique française
Cette éducation politique hors des frontières hexagonales lui donne un regard décalé sur la vie politique française. Il déplore parfois le manque de perspective historique et géopolitique de ses collègues. « En France, on a tendance à tout réduire à des querelles de chapelle, alors que le monde bouge et que des peuples se battent pour leur liberté », observe-t-il. Son expérience géorgienne reste une boussole dans son action quotidienne.



