Les traits tirés, Alix Roumagnac avoue ne pas avoir beaucoup dormi ces derniers temps. Il dirige la société de veille hydrométéorologique Predict Services, basée à Montpellier, qui a pour mission la gestion des risques naturels. Depuis deux jours, Alix Roumagnac et ses équipes sont sur le pont. Le passage de l’ouragan Irma leur demande une surveillance accrue, d’autant que sa trajectoire le dirigeait droit vers le large d’Haïti, où Predict collabore avec la protection civile pour assurer la sécurité des habitants.
Une surveillance de tous les instants
Les équipes se succèdent au Sémaphore, une salle remplie d’écrans retransmettant des données satellites en temps réel. « On a commencé à les avertir un jour et demi en avance, mais le problème, c’est que mardi, il faisait soleil et ciel bleu à Haïti. Donc les gens ne veulent pas quitter leurs maisons. Maintenant que le ciel se voile, ça sera peut-être plus simple de les convaincre », analyse Alix Roumagnac. Car, si l’ouragan Irma ne frappe pas l’île de plein fouet comme il a pu le faire à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les conséquences de son passage pourraient être également importantes.
Des précipitations menaçantes
Roland Mazurie, de Météo France, relativisait toutefois : « Selon les dernières estimations, l’œil du cyclone devrait passer à 150 km des côtes. Si les prévisions se confirment, on devrait avoir du vent et de la pluie, aux alentours de 100 mm. » Des précipitations qui menaçaient le nord de l’île, sensibilisé par sa géographie ravinée qui favorise le ruissellement et donc un risque de crue rapide. De plus, ses accotements maritimes sont exposés aux houles que devrait provoquer le passage d’Irma. De quoi menacer les infrastructures précaires de l’île déjà très pauvre.
Une intensité inédite
Avec une vitesse de déplacement moyenne de 25 km/h, le cyclone se préparait à toucher le large de Cuba puis la Floride, ce week-end. D’ici là, « il va perdre un peu en intensité, sans doute passer à un niveau 4 », expliquait Alix Roumagnac jeudi. Les faits lui ont donné raison. L'ouragan Irma a été rétrogradé d'un cran au petit matin vendredi, en catégorie 4 sur une échelle de cinq, avec des vents qui soufflaient tout de même à 240 km/h.
L’incidence du réchauffement climatique
En pleine période cyclonique, les prévisionnistes observent également de près Jose, qui amorce actuellement la même trajectoire que sa grande sœur Irma. « Il devrait grandir passé la Guadeloupe, et bifurquer ensuite vers le nord, sans toucher les Antilles », détaille Alix Roumagnac. « C’est rare qu’un cyclone passe au même endroit qu’un autre l’ayant précédé, car, généralement, le premier a beaucoup refroidi la mer », résume Roland Mazurie.
Alors que la zone est actuellement très touchée, entre Harvey et Katia, concentrés à l’Ouest, et Irma et Jose, qui arrivent de l’Est, la question de l’incidence du réchauffement climatique se pose nécessairement. « Les projections nous disent qu’avec le réchauffement, il ne devrait pas y avoir davantage de cyclones, mais qu’ils risquent de présenter des intensités plus fortes. De même qu’avec le réchauffement des eaux maritimes, la zone qui intéresse les cyclones devrait s’élargir », analyse Roland Mazurie.



