Côte d'Ivoire : les politiques investissent massivement dans les clubs de football
Politiques ivoiriens investissent dans les clubs de foot

En Côte d'Ivoire, une tendance s'accélère : les hommes politiques investissent massivement dans les clubs de football. Selon une enquête du journal Le Monde, plus de 30 clubs de première et deuxième divisions seraient désormais contrôlés, directement ou indirectement, par des personnalités politiques. Ce phénomène, qui prend de l'ampleur depuis les années 2010, transforme le paysage sportif et suscite des interrogations sur l'indépendance du football ivoirien.

Une ruée vers les clubs

Parmi les exemples les plus frappants, l'ancien ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, a acquis le club de l'ASEC Mimosas en 2021. D'autres figures politiques, comme le député maire d'Abobo, Kandia Camara, ou l'ancien Premier ministre Guillaume Soro, possèdent également des clubs. Selon des sources proches de la fédération ivoirienne de football, cette tendance s'explique par la recherche de visibilité et de capital politique. « Le football est un vecteur puissant pour se faire connaître et asseoir son influence », explique un analyste politique ivoirien.

Des enjeux financiers et électoraux

L'investissement dans les clubs n'est pas anodin : il permet de toucher une large base électorale, notamment les jeunes, et de bénéficier d'une exposition médiatique importante. En 2025, la Coupe de Côte d'Ivoire a été remportée par un club détenu par un proche du président Alassane Ouattara, ce qui a suscité des accusations de politisation du sport. « On assiste à une instrumentalisation du football à des fins électorales », dénonce un journaliste sportif local. Selon lui, cette mainmise politique risque de nuire à la crédibilité des compétitions et à l'émergence de talents.

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Des conséquences sur le sport

Cette situation a des répercussions directes sur la gestion des clubs. Plusieurs entraîneurs et joueurs ont témoigné sous couvert d'anonymat de pressions exercées par les propriétaires politiques pour favoriser certains résultats. « On nous demande parfois de laisser gagner tel ou tel club pour des raisons politiques », confie un joueur. En outre, la concentration des ressources dans les clubs liés au pouvoir creuse les inégalités avec les clubs indépendants, qui peinent à survivre financièrement.

Des réactions mitigées

Face à cette situation, les autorités sportives tentent de réagir. La Fédération ivoirienne de football a rappelé les règles d'éthique et de transparence, mais sans mesures concrètes. « Nous ne pouvons pas interdire à des personnalités politiques d'investir dans le football, mais nous devons garantir l'équité sportive », a déclaré un porte-parole de la fédération. De leur côté, les supporters sont partagés : certains voient dans ces investissements une chance pour le football ivoirien, tandis que d'autres redoutent une dérive politicienne.

Un modèle remis en question

Cette tendance ivoirienne n'est pas isolée en Afrique. Au Cameroun, au Sénégal ou au Ghana, des hommes politiques possèdent également des clubs. Cependant, en Côte d'Ivoire, le phénomène est particulièrement marqué. Selon un rapport de l'Observatoire du sport en Afrique, plus de 40 % des clubs de première division ivoirienne seraient liés à des personnalités politiques. Ce chiffre illustre l'ampleur du phénomène et les défis qu'il pose pour l'avenir du football ivoirien.

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