Peste noire : 60% des Européens meurent au XIVe siècle
Peste noire : 60% des Européens meurent au XIVe

Au XIVe siècle, la peste noire a ravagé l'Europe, emportant entre 50 % et 60 % de la population. L'historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, publie un essai intitulé Peste noire aux éditions du Seuil. Il sera présent à la Comédie du Livre de Montpellier le lundi 18 mai au centre Rabelais.

Une catastrophe démographique sans précédent

À partir de 1347, la deuxième pandémie de peste, après la peste justinienne au VIe siècle, provoque la plus grande catastrophe démographique de l'histoire humaine. Là où la peste sévit, la moitié ou plus de la population meurt en quelques jours. Des personnes en pleine santé s'affaiblissent et succombent en trois à quatre jours. Boucheron s'appuie sur l'archéologie funéraire, l'anthropologie, la microbiologie et les sciences de l'environnement pour dépasser les frontières disciplinaires.

Le rôle de Montpellier dans la lutte contre la peste

Gui de Chauliac, enfant du Gévaudan formé à la faculté de Montpellier, était religieux et médecin. Le pape Clément VI le fit venir à Avignon. Dans son ouvrage La Grande chirurgie (1363), il décrivit l'incision des bubons, ce qui pouvait mener à la guérison. Ayant contracté la peste, il s'appliqua ses propres techniques et survécut. Charles Delorme, médecin montpelliérain, imagina au XVIIe siècle le costume de médecin de peste : longue robe, cagoule et masque en forme de bec rempli d'herbes et de parfums.

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La peste noire : une maladie transmise par les puces

Sur les 2 500 espèces de puces, 80 peuvent transmettre le bacille de Yersin. Le rat puis l'homme sont infectés par une piqûre de puce. La nécrose provoque des taches noires : le charbon pesteux. Des recherches récentes montrent que d'autres animaux réservoirs, comme la marmotte grise de Mongolie ou la marmotte alpine, peuvent héberger la puce.

Propagation et conséquences

La peste entra en Europe par Marseille vers la Toussaint 1347, atteignit Aix-en-Provence un mois plus tard, puis se diffusa par le couloir rhodanien. L'Europe comptait alors 80 millions d'habitants ; après le passage du fléau, 50 millions avaient disparu. Les communautés religieuses furent durement touchées : à Montpellier, sur 140 Frères prêcheurs, seuls 7 survécurent ; à Maguelone, 7 sur 160. Le dépeuplement des monastères imposa le recrutement de moines ignorants et cupides, contribuant à discréditer l'Église et à préparer la Réforme.

Le siège de Caffa et l'origine de la pandémie

La pandémie viendrait des hauts plateaux d'Asie centrale. Au siège de Caffa (actuelle Théodosie, Crimée), les assiégeants tartares, décimés par la maladie, auraient catapulté des cadavres dans la ville. Les marchands génois, libérés, chargèrent leurs galères et partirent pour l'Italie, déposant la maladie à Constantinople, Alexandrie, la Sicile, Tunis et les ports méditerranéens. La Russie fut atteinte en 1352.

La peste aujourd'hui

L'OMS considère la peste comme une maladie potentiellement réémergente. En 2017, une épidémie de peste pulmonaire à Madagascar fit 94 morts sur 1 150 cas. Le bacille Yersinia pestis reste l'agent pathogène le plus meurtrier pour l'homme, aisément manipulable et transmissible par voie aérienne, ce qui en fait un enjeu de bioterrorisme. De nouvelles souches multirésistantes aux antibiotiques sont apparues en Mongolie et à Madagascar.

L'ouvrage de Patrick Boucheron, Peste noire, 553 pages, 27 €, est disponible aux éditions du Seuil. Jean-Pierre Dedet a également publié Les épidémies, de la peste noire à la Covid 19, 300 pages, 8,90 €, aux éditions Ekho.

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