Pour Parag Khanna, ni les États-Unis ni la Chine ne domineront le monde
Parag Khanna : ni États-Unis ni Chine ne domineront

Alors que beaucoup annoncent un XXIe siècle dominé par la rivalité sino-américaine, Parag Khanna, conseiller en stratégie d’origine indienne et fondateur et PDG d’AlphaGeo, une plateforme d’analyse prédictive géospatiale basée sur l’IA, défend une thèse à rebours : le futur n’appartiendra ni à l’une, ni à l’autre de ces puissances – aucune n’étant en capacité de dominer complètement le système international. Cet expert en prospective géopolitique, auteur d’un récent article paru dans la revue Foreign Policy, s’en explique auprès de L’Express, remettant en perspective la faible influence américaine dans certaines zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, ou celle de la Chine vis-à-vis d’autres puissances comme la Russie ou l’Inde. Symptomatique, selon lui, d’un moment « néomédiéval ».

Entretien avec Parag Khanna

L’Express : Selon vous, ni Pékin ni Washington ne domineront durablement le monde. Vous allez en surprendre plus d’un… Sur quoi fondez-vous votre analyse ?

Parag Khanna : C’est pourtant la réalité ! Commençons par le cas des États-Unis. Par exemple, sur le papier, il est vrai que le Canada dépend de son allié américain pour 85 % de ses exportations – même si ce chiffre pourrait bientôt baisser. De même, en Amérique latine, l’administration Trump est à l’origine de nombreux bouleversements tels que le renversement du régime de Nicolas Maduro, le réacheminement des flux pétroliers, la reprise en main stratégique autour du canal de Panama – chassant au passage les opérateurs chinois – ou la signature d’accords bilatéraux avec l’Argentine, le Chili et le Mexique pour acheter davantage de minerais essentiels. Et n’oublions pas le durcissement des sanctions, en plus du blocus déjà en place, contre Cuba ! En clair : de l’Arctique à l’Antarctique, il est difficile d’échapper à la puissance américaine.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Cependant, cette influence n’est pas absolue. Dans des zones comme le détroit d’Ormuz, les États-Unis peinent à imposer leur volonté face à l’Iran et à ses alliés. De même, la Chine, malgré sa puissance économique, ne parvient pas à dicter sa loi à la Russie ou à l’Inde, qui maintiennent leurs propres stratégies. Ce déséquilibre est symptomatique d’un monde multipolaire, que j’appelle « néomédiéval », où les puissances sont nombreuses et les alliances fluides. Aucun acteur ne peut prétendre à l’hégémonie complète.

Cette vision remet en cause le narratif dominant d’une rivalité binaire. Le futur sera façonné par une multitude de centres de pouvoir, incluant des États régionaux, des entreprises transnationales et des réseaux non étatiques. Les États-Unis et la Chine resteront des acteurs majeurs, mais ils devront composer avec d’autres forces, dans un système international plus fragmenté et complexe.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale