L’est de la République démocratique du Congo replonge dans la peur d’Ebola
Vendredi 15 mai, l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, a officiellement déclaré une nouvelle épidémie dans la province de l’Ituri. À ce stade, 88 décès vraisemblablement liés au virus ont été enregistrés sur 336 cas suspects, selon les derniers chiffres de l’Africa CDC.
Les signaux de propagation se multiplient : un premier décès a été enregistré en Ouganda et un autre cas a été confirmé dans la ville congolaise de Goma, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché dimanche son deuxième niveau d’alerte sanitaire le plus élevé pour la région.
Pourquoi cette nouvelle flambée d’Ebola inquiète-t-elle autant les autorités sanitaires africaines et internationales ? Décryptage en quatre points.
1. Pourquoi cette nouvelle épidémie est-elle particulièrement inquiétante ?
Cette flambée est provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, une variante rare contre laquelle il n’existe aujourd’hui ni vaccin homologué ni traitement spécifique.
Contrairement à la souche Zaïre, à l’origine des grandes épidémies précédentes en RDC, cette variante reste beaucoup moins connue et plus difficile à contenir. Les symptômes initiaux – fièvre, fatigue, douleurs musculaires ou maux de gorge – ressemblent à ceux de nombreuses maladies tropicales courantes, compliquant le diagnostic rapide et favorisant la propagation silencieuse du virus.
Trish Newport, Médecins sans frontières : « Le nombre de cas et de décès que nous constatons en si peu de temps, combiné à la propagation dans plusieurs zones sanitaires et désormais au-delà de la frontière, est extrêmement préoccupant. »
Selon l’OMS, le variant Bundibugyo est considéré comme particulièrement préoccupant en raison de son taux de létalité élevé, qui avait atteint entre 30 % et 50 % lors des précédentes flambées recensées en Ouganda et en RDC.
2. L’épidémie risque-t-elle de devenir régionale ?
Le virus a déjà franchi les frontières congolaises. Un homme de 59 ans contaminé en Ituri est décédé à Kampala, en Ouganda, après avoir voyagé depuis la RDC. Dimanche matin, un premier cas a également été confirmé à Goma, grande ville de l’est congolais et principal carrefour commercial de la région. Il s’agit d’une femme dont le mari était mort de l’épidémie quelques jours auparavant en Ituri.
En réaction, le Rwanda a temporairement fermé une partie du trafic frontalier entre Goma et Gisenyi, paralysant une partie des échanges quotidiens entre les deux villes. Le Kenya, le Soudan du Sud et plusieurs pays voisins ont également renforcé leurs dispositifs de surveillance sanitaire.
Pour les experts, le passage à une crise transfrontalière change totalement l’échelle de la riposte.
3. Quels sont les principaux obstacles à la riposte ?
Le foyer principal de l’épidémie se situe dans l’Ituri, une région aurifère de l’est congolais marquée par d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière. Chaque jour, des milliers de personnes circulent entre les zones minières, l’Ouganda, le Soudan du Sud et les provinces voisines du Nord-Kivu ou de la Tshopo.
Cette mobilité permanente favorise fortement la propagation du virus. L’insécurité chronique dans l’est de la RDC complique également le travail des équipes médicales. Certaines zones restent difficiles d’accès en raison de la présence de groupes armés actifs.
Les autorités congolaises assurent toutefois que la riposte s’organise progressivement. « Les sites sont déjà choisis à Rwampara, à Mongbwalu et ici à Bunia. Ce matin, nous avons amené toutes les tentes pour monter les centres de traitement », a déclaré le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba.
4. Pourquoi cette flambée ravive-t-elle autant les craintes en RDC ?
La RDC fait face à sa 17e épidémie d’Ebola depuis l’identification du virus en 1976 dans l’ancien Zaïre. Le pays a déjà connu plusieurs flambées majeures, dont celle de 2018-2020 qui avait fait près de 2 300 morts.
Mais cette nouvelle crise inquiète davantage en raison de plusieurs facteurs cumulés : absence de vaccin, propagation régionale, contexte sécuritaire extrêmement dégradé et difficulté de dépistage précoce. L’OMS redoute notamment que l’ampleur réelle de l’épidémie soit encore sous-estimée.
Organisation mondiale de la santé : « L’ampleur potentiellement sous-estimée de l’épidémie. »
La transmission du virus Ebola se fait par les fluides corporels ou par contact avec le sang d’une personne infectée, vivante ou décédée. Les personnes contaminées ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes, avec une période d’incubation pouvant aller jusqu’à 21 jours.



