De notre envoyé spécial à New York, deux mondes parallèles s'affrontent à 48 heures de la finale de la Coupe du monde Espagne-Argentine. D'un côté, la fiction qui se dit réalité : Pipo et Bimbo — alias Donald Trump et Gianni Infantino — qui racontent, lors d'une conférence de presse lunaire organisée vendredi à la Trump Tower de Manhattan, que ce Mondial 2026 aura été « le plus grand événement humanitaire, social et culturel que l'humanité ait jamais connu ». De l'autre, la réalité, sans artifice ni réécriture de l'histoire. Celle que nous avons traversée durant toute une journée vendredi dans les rues de New York raconte l'exact opposé : la Grande Pomme se moque comme d'une guigne de cette finale. De Central Park à Times Square, de China Town à SoHo, de Brooklyn jusqu'au Bronx, personne n'a cure de cet Espagne-Argentine. Même les supporters des deux pays se font rares.
Une ambiance retombée après un début prometteur
« Au début de la Coupe du monde, l'ambiance était beaucoup plus folle qu'aujourd'hui, admet Eric, un vendeur de maillots ambulant croisé sur un trottoir de SoHo. Peut-être que les gens ont eu peur du nuage de fumée venu du Canada, je ne sais pas. Je pense surtout que l'ambiance est retombée car il n'y a plus que deux pays concernés et que ce ne sont pas les communautés les plus représentées à New York. »
La Coupe du monde 2026 avait commencé à l'ouest, à Los Angeles, dans l'indifférence la plus totale, et se finira de la même manière quelque 4 000 kilomètres plus à l'est, parce qu'on ne force pas un peuple à vibrer au rythme d'un sport qui n'est pas le sien. Cela n'empêchait pas Infantino d'applaudir vendredi après-midi son grand ami Trump, sans qui « ce Mondial n'aurait pas été un tel succès sans vous ».
Les feux de forêt canadiens plongent New York dans une torpeur
À New York, vendredi, deux sujets étaient sur toutes les lèvres. Le premier : les feux de forêt du Canada et cette fumée âcre et ocre qui chatouillait les narines à l'aéroport de La Guardia et plongeait la ville dans une torpeur inhabituelle. Jeudi soir, en voyant cette lune rouge orangée par le hublot et sentant cette odeur de brûlé, on se disait que ce week-end de finale sentait la poudre. Le maire de la ville, Zohran Mamdani, avait alerté ses concitoyens sur les dangers de se balader plus d'une heure dans les rues, tandis que les autorités municipales distribuaient des masques FFP2 à toute la population. Mais dès vendredi, le pire était passé et les New-Yorkais flânaient de nouveau.
Trump à New York : un accueil glacial attendu
Le second sujet qui occupait les esprits était la venue de Donald Trump au MetLife Stadium pour remettre la coupe. L'équivalent d'un « Martine en teuf tek », tant le président américain ne met jamais les pieds dans une ville qui le hait presque autant que les fans des Knicks détestent ceux des Celtics. Un vendeur de magnets posté à l'une des entrées de Central Park, assis sur sa chaise de camping, retrouve vite sa verve : « Ici, tout le monde déteste Trump et tout le monde l'emmerde. Il n'est pas le bienvenu à New York et il ne le sera jamais. Il va sûrement se faire siffler dimanche mais on peut faire confiance à Fox News et aux autres chaînes d'infos pour ne pas nous le montrer. » Il déborde sur les midterms de novembre qui devraient acter une cuisante défaite de Trump et impacter la deuxième partie de son mandat. « C'est pour ça qu'il panique et qu'il prépare la riposte en expliquant encore que les élections ont été truquées. Il sait qu'il va perdre et il craint une procédure d'Impeachment. Ce qui est sûr, c'est que ça va permettre d'ouvrir enfin un grand nombre d'enquêtes sur ces magouilles. S'il perd, il est fini. »
New York, ville ouverte, rejette les idées de Trump
Assis sur un banc de Central Park, un jeune cuisinier venu prendre sa pause face à la mare se marre à l'idée d'imaginer Trump au MetLife dimanche soir : « J'ignorais qu'il avait prévu de venir. Je pense que c'est une grave erreur de sa part car il va prendre cher. Remarquez, ce ne serait pas sa première erreur depuis sa réélection. Il n'a rien à faire à New York, on ne veut pas de lui. » Eric, le vendeur de maillots, renchérit : « Il aurait mieux fait de rester à Washington. Quand on voit la manière dont il a traité les supporters de certains pays… Sans parler du carton rouge de Balogun annulé par la FIFA après son coup de fil à Infantino. Il nous a tellement mis la honte… Et puis New York est à l'opposé des idées qu'il prône. C'est une ville d'immigrés, une ville ouverte au monde, aux autres cultures. Tout ce que Donald Trump n'est pas. »



