Muhoozi Kainerugaba, le fils aîné du président ougandais Yoweri Museveni, s'impose de plus en plus comme une figure centrale et inquiétante de la scène politique nationale. Général de l'armée ougandaise, il multiplie les déclarations provocatrices sur les réseaux sociaux, menaçant ouvertement ses opposants et défiant les institutions. Selon plusieurs analystes, son comportement erratique et ses ambitions affichées pour la présidence pourraient déstabiliser le pays, déjà marqué par des décennies de régime autoritaire.
Des propos incendiaires contre l'opposition et la justice
En juillet 2025, Muhoozi Kainerugaba a provoqué un tollé en déclarant sur Twitter que "ceux qui s'opposent au gouvernement seront traités sans pitié". Il a également critiqué ouvertement la Cour suprême, l'accusant de "saper la souveraineté nationale" après une décision défavorable au gouvernement. Ces propos ont été condamnés par des organisations de défense des droits humains, qui y voient une menace directe contre l'État de droit. "C'est un appel à la violence contre les juges et les opposants", a dénoncé Nicholas Opiyo, avocat et militant des droits humains, cité par nos confrères.
Un ascendant militaire contesté
Nommé général en 2021, Muhoozi Kainerugaba commande les forces spéciales ougandaises, une unité d'élite souvent accusée de violations des droits de l'homme. Sa carrière militaire a été marquée par des controverses, notamment son implication présumée dans des opérations répressives contre l'opposition. En 2023, il avait déjà suscité l'indignation en affirmant que "l'armée n'a pas à obéir aux ordres des tribunaux". Selon un rapport de Human Rights Watch publié en 2024, les forces sous son commandement ont été impliquées dans au moins 12 cas de disparitions forcées entre 2020 et 2024.
Les ambitions présidentielles au cœur des tensions
Le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, n'a pas clairement désigné de successeur, mais les observateurs estiment que Muhoozi est son favori. Cette perspective inquiète une partie de la classe politique et de la société civile, qui redoutent une transition dynastique. "L'Ouganda risque de sombrer dans une dictature héréditaire si Muhoozi prend le pouvoir", a averti Kizza Besigye, leader de l'opposition, dans une interview à la BBC. Les prochaines élections présidentielles, prévues en 2026, s'annoncent déjà tendues, avec des craintes de fraudes et de violences.
Des relations internationales sous tension
Les déclarations de Muhoozi Kainerugaba ont également des répercussions diplomatiques. En mai 2025, il a menacé d'envahir le Kenya voisin lors d'un différend frontalier, provoquant une crise diplomatique rapidement désamorcée par les deux gouvernements. Les États-Unis et l'Union européenne ont exprimé leur préoccupation face à ces déclarations, appelant au respect de la souveraineté régionale. "Ces propos irresponsables nuisent à la stabilité de la région des Grands Lacs", a déclaré un porte-parole du département d'État américain.
Une opposition fragmentée face à la menace
L'opposition ougandaise, déjà affaiblie par des années de répression, peine à s'unir pour faire face à la menace que représente Muhoozi. Plusieurs partis d'opposition ont appelé à une coalition pour les élections de 2026, mais les divisions internes persistent. "Nous devons nous unir pour empêcher que le pays ne tombe entre les mains d'un homme aussi dangereux", a plaidé Winnie Kiiza, ancienne chef de l'opposition parlementaire. Cependant, les analystes estiment que sans un changement significatif dans le rapport de forces, Muhoozi pourrait bien être le prochain président de l'Ouganda.



