Guerre en Ukraine : des mercenaires étrangers capturés racontent leur détention
Mercenaires étrangers capturés en Ukraine : leur quotidien en prison

Dans une prison secrète de l'ouest de l'Ukraine, des dizaines de mercenaires étrangers capturés sur le front témoignent de leur enrôlement au sein de l'armée russe. Originaires d'Afrique, d'Asie ou d'Europe, ces détenus ont rejoint les troupes de Moscou contre des promesses de salaires élevés ou de naturalisation. Si Kiev respecte les Conventions de Genève, le sort de ces combattants reste incertain : Moscou manifeste peu d'intérêt pour leur libération lors des échanges de prisonniers.

Des recrues venues du monde entier

Dans cette prison, des Togolais, Sri-Lankais, Italiens et bien d'autres racontent avoir rejoint l'armée russe dès 2022, attirés par des promesses de naturalisation ou des salaires de 2 300 à 2 500 euros par mois. Ces détenus, originaires de 40 pays différents, représentent 7 % des prisonniers de guerre en Ukraine. Ils affirment avoir été séduits par l'idéologie du Kremlin ou contraints à l'enrôlement sous la pression policière, comme le rapporte un Ouzbek victime d'un chantage juridique.

Un quotidien rythmé par l'attente

Incarcérés dans un centre au style soviétique, ces combattants vivent dans l'incertitude. Les murs blancs, le sol beige, le bâtiment conserve de l'Union soviétique son style austère. Par une lucarne, on remet aux nouveaux arrivants quelques effets : chemise, veste, pantalon, blouson, le tout d'un bleu indigo. Brosse à dents, savons, serviettes. C'est à peu près tout.

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Dans l'escalier, Éric, un Togolais de la trentaine, discute avec un Nigérian et un Chinois. Dans cette improbable tour de Babel, le russe hésitant est roi. Éric ne maîtrisait pas la langue avant son incarcération. Il s'est perfectionné en prison. Avec son codétenu nigérian, ils assurent avoir été séduits par l'idéologie et l'histoire de la Russie, le Kremlin ayant fait de la glorification du passé soviétique une politique d'État. Tous deux ont pris les armes au nom de la liberté des habitants russophones d'Ukraine, un prétexte invoqué par des séparatistes pro russes pilotés par Moscou pour déclencher le conflit dans l'est de l'Ukraine en 2014.

Des motivations diverses

Une raison plus personnelle a poussé ce jeune médecin à quitter Lomé, un an avant la guerre : se former en neurochirurgie. Le Canada était trop cher, la France l'a refusé. Puis il a découvert l'université de Moscou, abordable, et la promesse d'un passeport russe après le service militaire. Selon l'Institut français des relations internationales (Ifri), des offres russes inondent les plateformes d'Afrique francophone, promettant environ 2 300 euros à la signature du contrat, un salaire mensuel de 2 300 à 2 500 euros et l'obtention d'un passeport russe.

Giuseppe, un Italien, a quitté sa Campanie natale pour suivre sa femme en Russie. Avec son salaire, c'était impossible de vivre en Italie car les prix ont explosé. Une publicité à la télévision promettant un emploi de cuisinier l'a convaincu de partir au front. Il assure avoir seulement préparé le repas pour l'armée russe. Un obus l'a finalement privé de quatre orteils et de sa liberté.

Wediwela, un Sri-Lankais, voulait quant à lui seulement travailler. Dans son journal intime, il condamne les destructions de la guerre, la ruine de l'avenir des enfants mais accuse l'Ouest d'avoir commencé la guerre, jaloux de la réussite russe. Pour échapper à la crise politique et économique du Sri Lanka, un grand nombre de personnes sont parties dans l'espoir d'un emploi à l'étranger.

La contrainte et la peur

Aziz, un détenu ouzbek, raconte avoir été victime d'un coup monté par des policiers russes qui l'ont accusé de trafic de drogue. Ils lui ont laissé le choix entre 18 ans de prison et s'engager. Pour échapper au combat, il a piétiné des pétales, nom poétique donné aux petites mines qui constellent le front. Il a ensuite levé les bras devant un drone qui l'a conduit jusqu'aux soldats ukrainiens.

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Un avenir incertain

Selon Petro Iatsenko, porte-parole du centre ukrainien pour les prisonniers de guerre, la Russie n'a aucun intérêt à les échanger, leur pays d'origine non plus, et ils peuvent rester captifs des mois ou des années. Aziz est l'un des rares à refuser un échange, par peur de représailles. Les autres placent leurs espoirs dans le plan américain pour mettre fin au conflit qui prévoit la libération totale des prisonniers. Giuseppe veut retourner en Russie. Tout comme Éric. Wediwela espère rentrer au Sri Lanka et y retrouver sa famille, malgré ses espoirs qui s'amenuisent.