Le Mali se retrouve une fois de plus grignoté de toutes parts. Vendredi 1er mai, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), liés à Al-Qaida, et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont pris le contrôle des camps militaires de Tessalit et d’Aguelhoc, dans le nord du pays. La prise de Tessalit revêt une importance particulière. Situé près de la frontière algérienne, ce camp militaire dispose d’une grande piste d’atterrissage capable d’accueillir hélicoptères et avions de transport, ce qui en fait un point logistique majeur pour l’armée malienne. Quelques jours plus tôt, la ville stratégique de Kidal était déjà tombée aux mains des groupes armés, qui poursuivent leur progression dans une région historiquement disputée.
Une offensive coordonnée
Ces avancées s’inscrivent dans une offensive lancée le 25 avril à travers le pays et coordonnées entre le JNIM et le FLA. Elles ont visé plusieurs positions militaires et ont coûté la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara, dont les obsèques se sont tenues jeudi 30 avril. Ces actions violentes illustrent un rapprochement tactique entre deux forces aux objectifs distincts : d’un côté, un mouvement djihadiste ; de l’autre, une rébellion indépendantiste à dominante touareg.
Le JNIM tente de se positionner politiquement
Parallèlement aux combats, le JNIM cherche désormais à renforcer sa dimension politique. Dans un communiqué diffusé dans la nuit du 30 avril au 1er mai, et rédigé en français – fait rare pour un groupe qui s'exprime habituellement en arabe –, l’organisation a appelé "toutes les forces vives de la nation malienne" à faire chuter le régime en place et à adopter la charia. Elle exhorte partis politiques, chefs religieux, autorités traditionnelles, soldats et citoyens à s’unir contre ce qu’elle qualifie de "junte terroriste". Le message marque une évolution : au-delà de l’action armée, le JNIM tente de se présenter comme un acteur politique central et comme un interlocuteur incontournable dans la crise malienne.
Un blocus routier sur Bamako
Autre signe de cette montée en puissance : la pression exercée autour de Bamako. Plusieurs sources sécuritaires ont indiqué que des combattants avaient installé des postes de contrôle sur plusieurs axes menant à la capitale, notamment sur les routes nationales RN24, RN7, RN6 et RN5. Des véhicules auraient été bloqués dans les deux sens, perturbant l’approvisionnement de la ville. Un homme d’affaires a affirmé que des marchandises étaient empêchées d’entrer dans la capitale malienne.
Les autorités affirment contrôler la situation
Les autorités maliennes assurent toutefois garder la main. Mardi 28 avril, le chef de la transition, Assimi Goïta, a assuré que la situation était "sous contrôle" et promis de "neutraliser" les groupes responsables des attaques. Vendredi 1er mai, d’après les autorités maliennes et russes, plus de 800 camions-citernes sont entrés dans Bamako après avoir été sécurisés par un dispositif d’escorte terrestre et aérien mené par l’armée malienne avec l’appui russe. Cette séquence ravive le souvenir de 2012, lorsque les principales villes du nord du Mali étaient tombées en quelques jours. Selon nos confrères de RFI, le procureur de la République près le Tribunal de Bamako a annoncé l'arrestation de plusieurs militaires maliens accusés de complicité dans les attaques de samedi 25 avril.
Le rôle central de la Russie
Reste enfin la question russe, devenue centrale. Environ 2 000 soldats russes seraient déployés au Mali sous l’égide de l’Africa Corps, successeur du groupe Wagner. Moscou a assuré cette semaine que ses forces resteraient aux côtés des autorités maliennes pour lutter contre les insurgés. Mais la reprise de Kidal, où des mercenaires russes avaient contribué à installer l’armée en 2023, fragilise cette stratégie. "Le Mali est l'un des centres de pouvoir de la Russie en Afrique de l'Ouest", a déclaré à Reuters Irina Filatova, chercheuse associée honoraire à l'Université du Cap. Ces événements menacent les intérêts du Kremlin, estiment plusieurs analystes. La réaction de Moscou est d’autant plus scrutée que ses forces restent mobilisées en Ukraine et que son influence est contestée sur d’autres fronts.



