Pour la première fois, l'Inde a mené jeudi 23 octobre une opération d'ensemencement de nuages au-dessus de New Delhi afin de provoquer une pluie artificielle et atténuer l'épisode de pollution extrême qui touche la capitale. L'essai, réalisé avec un avion monomoteur, pourrait déboucher sur une précipitation contrôlée dès le 29 octobre, si les conditions le permettent.
Un essai historique pour dissiper le brouillard toxique
Les autorités de la mégapole, en collaboration avec l'Institut indien de technologie de Kanpur, ont procédé à un premier essai jeudi après-midi avec un avion monomoteur Cessna au-dessus de Burari, une ville située au nord du territoire de l'Union de Delhi. "Un vol d'essai d'ensemencement a été effectué… au cours duquel des fusées d'ensemencement des nuages ont été tirées", a déclaré Manjinder Singh Sirsa, le ministre de l'Environnement de Delhi, dans un communiqué publié jeudi soir.
"Ce vol (avait pour objectif) de vérifier les capacités d'ensemencement des nuages, la préparation et l'autonomie de l'appareil, d'évaluer les capacités des équipements et des fusées (utilisées) pour l'ensemencement, ainsi que la coordination entre toutes les agences", a-t-il détaillé. "Si les conditions restent favorables, Delhi connaîtra sa première pluie artificielle le 29 octobre", a annoncé Rekha Gupta, la ministre en chef. La nature du produit chimique utilisé lors de cet essai n'avait pas été précisée vendredi matin.
New Delhi, l'une des capitales les plus polluées au monde
La mégapole de plus de 30 millions d'habitants figure régulièrement parmi les capitales les plus polluées de la planète. Chaque hiver, l'air froid reste bloqué sous un air plus chaud, lequel forme un "couvercle" empêchant l'épais nuage toxique à l'odeur âcre, généré par les usines, la circulation automobile et les brûlis agricoles, de se disperser en altitude. Les niveaux de PM2.5 – les plus dangereuses car elles se diffusent dans le sang – atteignent certains jours jusqu'à 60 fois le niveau maximum quotidien recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Depuis le début de la semaine, le niveau de pollution a augmenté, notamment après Diwali, la fête hindoue des lumières, au cours de laquelle les habitants tirent des fusées pyrotechniques et font exploser de gros pétards, très polluants. Mardi à l'aube, le niveau de microparticules PM2.5 a atteint plus de 56 fois la limite quotidienne, selon la société suisse IQAir, spécialisée dans la surveillance de la qualité de l'air. La Cour suprême a assoupli en octobre l'"interdiction totale" d'usage des feux d'artifice et autorisé l'utilisation de "feux d'artifice verts" censés émettre moins de particules et de gaz. Vendredi matin, les concentrations de PM2.5 étaient dans certaines parties de New Delhi, 24 fois supérieures au seuil fixé par l'OMS, selon IQAir.
Le Fort Rouge noircit par la pollution
Le niveau de pollution très élevé a noirci le célèbre Fort Rouge du XVIIe siècle de Delhi. Une épaisse croûte noire a commencé à recouvrir les murs d'enceinte imposants en grès rouge de ce fort classé au patrimoine mondial de l'Unesco, selon une étude menée par une équipe conjointe de chercheurs indiens et italiens publiée dans la revue Heritage.
Une technique inventée dans les années 1940
Inventée dans les années 1940, la technique d'ensemencement des nuages consiste à envoyer par avion, par drone ou par canon depuis le sol, une substance, par exemple de l'iodure d'argent, pour favoriser la formation de la pluie. D'abord pensée pour lutter contre les sécheresses, elle est aussi utilisée pour lutter contre les incendies de forêt ou pour réduire la taille des grêlons. En 2008, la Chine l'a utilisée pour tenter d'empêcher la pluie de tomber sur les infrastructures des Jeux olympiques de Pékin. Des recherches ont montré que les opérations d'ensemencement, qui suscitent des débats en raison de leurs conséquences environnementales, ne produisent pas toujours les résultats escomptés.



