Dans une interview au Monde, Hugh White, professeur à l’Université nationale australienne et spécialiste de la défense, affirme qu’il est « illusoire de croire que les États-Unis joueront pour l’Australie le rôle qu’ils ont assumé par le passé ». Selon lui, l’alliance américano-australienne est confrontée à un tournant historique.
Un changement de stratégie américaine
White estime que les États-Unis, confrontés à la montée en puissance de la Chine et à leurs propres contraintes budgétaires, ne peuvent plus garantir une protection aussi étendue qu’auparavant. « Washington se concentre désormais sur la compétition avec Pékin, mais pas nécessairement pour défendre ses alliés de manière inconditionnelle », explique-t-il. Il cite notamment le retrait d’Afghanistan comme un signal fort.
L’Australie doit repenser sa défense
Pour Hugh White, Canberra doit abandonner l’idée que les États-Unis interviendront automatiquement en cas de conflit dans la région Indo-Pacifique. « L’Australie doit se préparer à assurer sa propre défense, y compris dans le domaine nucléaire », déclare-t-il. Il préconise un investissement massif dans des capacités de dissuasion conventionnelles et une réflexion sur une alliance plus équilibrée avec les États-Unis.
Des implications régionales
Cette analyse intervient alors que l’Australie a récemment signé l’accord AUKUS avec les États-Unis et le Royaume-Uni pour acquérir des sous-marins nucléaires. White juge cet accord « insuffisant » car il ne résout pas le problème fondamental de la crédibilité de l’engagement américain. « Les sous-marins ne remplaceront pas une stratégie politique claire », ajoute-t-il.
Un appel au réalisme
L’expert appelle les dirigeants australiens à « regarder la réalité en face » : les États-Unis ne sacrifieront pas leurs propres intérêts pour défendre l’Australie. « Il est temps de penser à une défense autonome, même si cela implique des choix difficiles », conclut-il.



