Gueules Rouges (3/10) : mines de bauxite varoises sous l'Occupation
Gueules Rouges : mines varoises sous l'Occupation nazie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la résistance des mineurs varois s'est manifestée dans le travail. Comme le raconte Jérémy Bionda, responsable de l'accueil au musée des Gueules rouges : « Ils chargeaient les berlines avec de la roche ou de la mauvaise bauxite inutilisable pour fabriquer de l'aluminium ; ils renversaient les berlines encore et encore. » Les absences injustifiées des ouvriers atteignent des taux records : 30 % à 35 % parmi les ouvriers, jusqu'à 38 % parmi les prisonniers de guerre contraints de travailler dans les mines.

Une production qui se maintient sous le joug allemand

Contrairement à la Première Guerre mondiale, qui avait interrompu l'extraction de bauxite, la Seconde Guerre mondiale ne fait que perturber la production. Selon Corine Barral, dans Les Cahiers de l'aluminium, « Celle-ci connaît même deux sommets, en 1939 à cause des besoins anglais et français, et en 1943 à cause des contrats passés avec l'Allemagne, malgré une volonté de collaborer inégalement partagée par les compagnies et les salariés, et la mainmise de l'organisation Todt. »

Claude Arnaud, dans l'ouvrage Les Gueules rouges, nuance : « L'attitude des producteurs ne se résout pas dans l'équation simple de la collaboration. Il y a certes [...] les petits exploitants qui signent les premiers contrats fin octobre 1940 avec Vereinigte Aluminium-Werke Group (VAW). La brèche est ouverte par le minuscule Comptoir d'exploitation des bauxites qui s'engage pour 60 000 tonnes. Trois autres contrats suivent. » Mais ils ne parviendront pas à fournir les 200 000 tonnes dues pour 1941.

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Les nazis investissent dans les infrastructures

Pendant les années de conflit, c'est l'entreprise Bauxites de France qui devient le principal producteur. Chaque année, 127 000 à 206 000 tonnes de bauxite sont extraites, dont 100 000 à 132 000 tonnes exportées vers le Reich. Malgré la non-réalisation des objectifs, les Allemands, via l'organisation Todt, investissent dans les infrastructures. Ils agrandissent « les quais de la gare de Brignoles en avril 1943, construisent un téléphérique entre le Rigoulier et la gare du Cannet, et une voie ferrée étroite entre Combecave [à Cabasse] et Brignoles », énumère Claude Arnaud, et ce sans l'accord des sociétés.

La Seconde Guerre : le début de la fin pour les mines varoises

La Seconde Guerre mondiale a des conséquences durables. Aux mains des Allemands pendant l'Occupation, les Alliés et le reste du monde ont dû trouver des alternatives pour s'approvisionner en minerai et en alumine. De nouveaux gisements, faciles d'accès et moins coûteux, sont découverts au Brésil, en Afrique (notamment en Guinée) et en Australie. La bauxite varoise devient alors nettement moins compétitive.

Dès 1945, les mines et toute la filière de l'aluminium participent à l'effort de reconstruction de la France. Selon Corine Barral, « Au lendemain de la guerre, les quatre cinquièmes des terrains contenant de la bauxite appartiennent à de grandes sociétés : Alais, Froges et Camargues, Bauxites de France, Bauxite du Midi (filiale de l'américain Alcoa), Comptoir d'extraction et de vente de bauxites, Ugine, Sentex, Calas. » Les besoins sont astronomiques.

La bauxite rendue concessible : une mesure trop tardive

La loi du 4 octobre 1960 rend la bauxite concessible. L'État a désormais son mot à dire : les permis d'exploitation sont accordés pour cinq ans, renouvelables deux fois, puis une concession pour 10 à 20 ans. Une démarche lourde que les grands groupes – Pechiney, Sabap, Bauxites de France, représentant 90 % de la production – peuvent assumer. « Toutefois, la concessibilité de la bauxite est arrivée trop tard. Elle a été inopérante pour le but essentiel recherché : le développement et l'amélioration de l'extraction de la bauxite française », conclut Corine Barral.

En 1986, le groupe Pechiney fermait une de ses mines dans le Var, première d'une longue liste, marquant le début de la fin d'une épopée industrielle qui avait placé le Var et la France comme premier producteur mondial de bauxite pendant un demi-siècle.

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