Un départ symbolique pour la Grande Traversée
Le 8 mai 2008, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à La Rochelle pour assister au départ de la Grande Traversée vers Québec. Cet événement, qui a vu 45 bateaux prendre la mer, rappelait un pan important de l'histoire rochelaise : celle de l'émigration vers la Nouvelle-France au XVIIe siècle. La distance à parcourir était de 3 550 milles, soit la distance séparant La Rochelle de Québec, et la traversée devait durer quarante-trois jours. Il ne s'agissait pas d'une course, mais d'une balade hautement symbolique.
Les origines de l'émigration rochelaise
C'est en effet depuis La Rochelle, entre ses deux tours emblématiques, que partirent 80 % des migrants des Charentes, du Poitou, du Limousin, de la Touraine ou de l'Auvergne vers ce qu'on appelait alors la Nouvelle-France. Au XVIIe siècle, Samuel de Champlain, originaire de Saintonge, avait ouvert la voie. Les quais de La Rochelle ressemblaient alors à un véritable point de départ pour des centaines de soldats, d'orphelines, de gueux, de prostituées, d'aventuriers et de réprouvés, tous en quête d'un monde meilleur. Les hommes étaient armés de leurs rêves de fortune, tandis que les femmes n'avaient pour seul bagage que leur plus beau sourire pour espérer un meilleur sort.
Un travail de mémoire et de généalogie
La Grande Traversée a permis de remémorer cette aventure. Le service de l'inventaire régional Poitou-Charentes, en collaboration avec l'université québécoise de Laval, a travaillé pendant plus de trois ans pour recenser plus de 900 noms de migrants originaires de Poitou-Charentes. Une écrasante majorité de ces migrants étaient Rochelais, car La Rochelle était le port de départ. Beaucoup de ceux qui partaient, qu'ils viennent d'un village de l'Aveyron ou d'un couvent de jeunes filles de Vendée, n'avaient plus d'autre domicile connu que les remparts de La Rochelle.
Les Québécois, champions mondiaux de la généalogie, peuvent aujourd'hui affirmer avec certitude que des célébrités comme Céline Dion et Fabienne Thibault sont de lointaines descendantes d'Ozanne Achon, partie à 24 ans du petit village de Chambon en Aunis. Elle embarqua à La Rochelle pour aller épouser un Tremblay à Québec et lui donner 12 enfants. On frémit à l'idée que si Ozanne avait raté le bateau ce beau jour de 1657, Céline Dion n'aurait jamais pu donner naissance à René-Charles.
Une cérémonie grandiose
Pour l'occasion, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, a fait le déplacement. Le protocole n'était pas simple, car il fallait concilier la présence de la présidente de Région, de la ministre de la Culture Christine Albanel, et du grand chef huron Max Gros Louis, considéré outre-Atlantique comme un vrai chef de nation. Malgré cela, la cohue fut belle et désordonnée. Dix ans après avoir célébré le 400e anniversaire de l'édit de Nantes, La Rochelle a renouvelé l'exploit en encore plus grandiose. Combien étaient-ils sous les tours, le long du chenal, entre la pointe des Minimes et la baie de Port-Neuf, à admirer le Belem entrer pour la première fois de sa longue histoire dans le Vieux Port ? 50 000 ? 80 000 ? Les berges étaient noires de monde sur des kilomètres.
Le départ des 45 bateaux
Le 8 mai 2008, sur les coups de 18 heures, le Belem a ouvert la route aux 45 bateaux de la Grande Traversée. Une parade nautique et musicale, avec 400 choristes, a précédé le départ. Les bateaux ont mis le cap plein ouest et sont attendus le 24 juin au pied du château Frontenac à Québec. Ils y seront accueillis par Régis Labeaume, le maire de Québec, qui, à l'instar de ses prédécesseurs, ne cède rien à l'anglophonie ambiante : « Nous résistons encore. »



